Historique du 99e régiment d'infanterie
Mobilisation et combats des Vosges
Picardie
Champagne 1915
Les dix mois de Verdun
Le repli allemand sur Saint-Quentin
La résistance au Chemin des Dames
L'offensive de la Malmaison
La bataille des Monts
La Montagne de Reims
L'offensive du 26 septembre 1918 en Champagne
Les affaires de l'Aisne
Liste des officiers morts au champ d'honneur
Mobilisation
La guerre déclarée à l'Allemagne, le 99e ne devait pas
séjourner longtemps dans ses garnisons. Le 6 août dans l'après-midi,
ses trois bataillons fûrent embarqués et dirigés sur la
base de concentration.
Avant de quitter le vieux fort Lamothe, le lieutenant-colonel Martinet, commandant
le régiment, réunit les deux bataillons en garnison à Lyon,
leur présente le drapeau et dans une belle allocution patriotique, jure
de servir la France jusqu'à la mort et de ne revenir qu'avec les lauriers
de la Victoire.
Quelques commandements brefs succèdent. En avant, c'est le départ,
musique et drapeau en tête.
Jusqu'à la gare, le régiment défilera entre une double
haie de civils venus l'acclamer et lui jeter des fleurs. Le 99e n'a-t-il pas
toujours été le régiment chéri de la population
lyonnaise ! Combien nombreux sont les lyonnais qui ont accompli leur service
militaire dans ses rangs et qui partent avec lui ! Et puis, chaque dimanche,
avec quel plaisir n'allait-on pas entendre sa belle musique sous les marroniers
le la place Bellecour.
Mais le moment de partir est venu. Contre une lâche agression, ne faut-il
point se défendre ? L'âme sereine et le coeur haut, tous les gradés
et hommes du 99e partent contents au soir du 6 août 1914. L'Etat-Major,
les 1er et 3e bataillons eurent comme point d'embarquement Lyon-Part-Dieu, le
2e à Vienne, c'est-à-dire sa garnison.
Où allions-nous ? Quel allait être notre futur champ de bataille
? L'Est disaient les uns. A nous de reconquérir l'Alsace-Lorraine ; les
Alpes, répondaient les autres. Qui défendra notre frontière
contre l'Italie, sinon les corps alpins ! Mais qu'importe la région,
la guerre ne doit-elle pas être courte ! Quelques mois et nous serons
de retour. Par la suite, nous devions déchanter.
Le 99e régiment dans les Vosges
Après vingt-quatre heures de voyage, le régiment débarque
à Epinal. C'est le soir, une certaine animation règne dans la
ville. On essaye de se renseigner. Que se passe-t-il dans la région ?
Tout va bien, telle était la réponse.
Une nuit de repos dans les faubourgs de la ville et le 8 au matin, le régiment
se met en marche pour aller occuper les cantonnements qui lui étaient
assignés dans la zône de concentration. Il a plu au cours de la
nuit ; la fraîcheur du matin, l'aspect charmant de cette région
inconnue de la majeure partie des soldats, facilitent la marche qui doit se
terminer vers midi.
Pendant quelques jours, le régiment reste sur ses emplacements, puis
exécute une série de marches excessivement pénibles (car
il fait très chaud) lesquelles vont l'amener au contact.
Le 12 août pour la première fois, nous entendons le canon. Le 15,
nous franchissons la frontière. C'est la rencontre avec l'ennemi et les
premiers coups de fusils.
Le 1er bataillon marche en tête de la colonne. La 3e compagnie, avant-garde
du bataillon a détaché une patrouille pour éviter toute
surprise malheureuse. Tout se passe en ordre et la progression continue. Soudain,
au débouché d'une clairière, la patrouille se heurte à
une patrouille allemande. Echange de coups de feu et repli rapide de l'ennemi,
la marche n'est pas interrompue, la compagnie se déploie et progresse.Elle
n'ira pas loin. A quelques centaines de mètres, un ouvrage boche parfaitement
dissimulé et solidement tenu doit l'arrêter. La fusillade s'engage,
des mitrailleuses invisibles crépitent, plusieurs hommes tombent grièvement
blessés. Surpris mais non affolés les tirailleurs se retirent
derrière une levée de terrain et continuent le feu. Mais les blessés
n'ont pu suivre, ils sont restés étendus entre les deux lignes
et appellent à l'aide. Il faut les sauver. On demande des volontaires
; un moment de silence puis quelqu'un se lève. C'est le caporal Geminiani.
Son exemple n'est pas vain, aussitôt cinq, dix hommes veulent le suivre.
Trois d'entre eux sont choisis et sans hésiter, au mépris de la
mort, s'élancent vers les blessés qu'ils ramènent peu après
au milieu de la compagnie.
Tué quelques jours après (à Rothau) dans un dur combat
où la siuation étant désespérée, il voulut
s'élancer à la baïonnette sur les allemands qui l'entouraient.
Le caporal Geminiani fut un bel exemple de sacrifice et de dévouement.
Le 16 août, l'Etat-Major et le 1er bataillon pénètrent dans
Sainte-Croix-aux-Mines, le 3e bataillon occupe Sainte-Marie-aux-Mines, le 2e
reste sur les hauteurs de la Croix de Surmely.
Le lendemain et surlendemain, le régiment fait encore étape. Mais
la progression du 99e devait bientôt s'arrêter. Amené par
un recul combiné des avant-gardes ennemies au contact avec le gros des
forces, le régiment eut à soutenir des combats excessivement durs
qui lui occasionnèrent des pertes sérieuses, mais où chacun
se conduisit en brave, luttant à un contre dix.
Le 19 août, le 1er bataillon reçoit l'ordre de marcher sur Schirmeck
par le col du Perreux. Arrivé au Champ du Feu, il est reçu par
une vive fusillade et une violente canonnade. Il se replie vers Fouday et Rothau.
Le 3e bataillon marche sur Waldersbach, Bellefosse et Belmont où il livre
des combats furieux. Les soldats de la 9e compagnie sous le commandement du
capitaine Vallade, aidés par deux sections de la 12e, arrêtèrent
pendant tout un jour en rase campagne, l'avant-garde d'un corps d'armée
saxon, en marche sur Fouday, l'obligèrent à une attaque méthodique
de la position par un déploiement de son infanterie et d'une imposante
artillerie. Le 21 août, c'est le combat de Rothau où le 1er bataillon
lutte jusqu'à la mort.
Puis accablé par le nombre mais non battu, le régiment se replie
pied à pied, faisant payer chèrement à l'ennemi le terrain
qu'il lui abandonne.
Le 23 août le 99e commence une retraite sur Saales, par Saint-Blaise et
le village de Saulxures où l'Etat-Major, le 3e bataillon et une partie
du 2e vont passer la nuit du 23 au 24.
Au matin du 24, la bataille s'engage, la fusillade est serrée. Un brouillard
épais gêne les opérations et fait que le 256e R.I. placé
dans des tranchées en arrière du 99e ouvre à son tour un
feu violent. Le régiment pris entre deux feux subit des pertes sérieuses
et se replie (1).
La frontière sera à nouveau franchie, les allemands suivant nos
arrière-gardes, pénètreront en France de plusieurs kilomètres,
entreront à Saint-Dié le 27, tandis que le régiment, franchissant
le pont sur la Meurthe, s'arrêtera à la Bolle.
Ils finiront par être arrêtés vers Rougiville et le Haut-Jacques.
La situation restera sans changement jusqu'après la grande victoire de
la Marne qui entraînera un repli général de l'ennemi sur
tout le front.
Dans un nouveau bond, le régiment maintenant le contact, poursuit l'ennemi
et lui inflige des pertes. Il emprunte à nouveau la route suivie au cours
de la retraite et est accueilli à bras ouverts par les habitants des
villages libérés.
Au cours de la nuit du 11 au 12 septembre, la 2e compagnie reçoit l'ordre
de s'assurer si le village de Saint-Jean-d'Ormont est occupé ou non.
Le lieutenant Fourquet qui commande la compagnie désigne la demi-section
du sergent Drevon pour accomplir cette mission. Le temps est pluvieux, il fait
noir ; le sergent Drevon s'avance en tête de ses hommes, évitant
le moindre bruit. On arrive aux lisières du village, on écoute,
pas de mouvement. Tout est calme, mais en avançant chacun s'attend au
cri de "Halt, wer da" poussé par la sentinelle allemande aux
issues. On continue, voici les premières maisons, personne. Auraient-ils
abandonné complètement le village ? Mais un peu de lumière
filtre entre les volets d'une fenêtre. Le sergent frappe, un vieillard
vient ouvrir, Drevon entre suivi de quelques hommes, les autres surveillent
la rue. Les allemands viennent de partir, mais quelques uhlans sont encore à
l'extrémité du village. Les renseignements partis à l'arrière,
Drevon va essayer de s'emparer des cavaliers. Il n'y parviendra pas. Le jour
commence à poindre. A quelques centaines de mètres, il pourra
les voir s'en aller devant lui. Il fait ouvrir un feu violent, un cavalier tombe,
plusieurs autres sont blessés, un cheval est tué mais son cavalier
peut s'échapper. Drevon ne considérant pas sa mission complètement
remplie laisse quelques hommes au village et poursuit sa reconnaissance jusqu'à
Ban de Sapt. Il ne tarde pas à recevoir de nombreux coups de feu. L'ennemi
est là, solidement installé dans des tranchées. Ce précieux
renseignement complètera heureusement les précédents. Le
sergent Drevon fut félicité pour sa belle conduite et les résultats
intéressants qu'avaient donnés sa reconnaissance.
Le rôle du régiment dans cette partie du front était terminé.
Le 13 septembre 1914, il se retire par le col de Robache (2), gêné
dans son mouvement par le bombardement allemand. Le 18, il est embarqué
pour une destination nouvelle.
Le séjour du 99e dans les Vosges fut relativement court, mais fut par
contre, fort pénible et fort coûteux. Que de camarades sont tombés
pour défendre le passage des fameux cols ! Au début, ce sont de
longues marches par des fortes chaleurs ; au mois de septembre, c'est le combat
sous la pluie sans le moindre abri. Est-ce la peine de parler du ravitaillement
? Il fut à peu près nul. Malgré les privations, malgré
les intempéries, le régiment fut manginfique de courage et de
résistance. S'il a subi de lourdes pertes, n'en a-t-il pas également
causé de sérieuses aux allemands ? Ceux-ci n'ont-ils pas avoué
en effet, que la plaine de Saint-Dié avait été un tombeau
pour leurs soldats !
Son rôle fut ingrat et souvent méconnu. Il n'en reste pas moins
vrai qu'il a contribué sérieusement à la fixation de l'aile
gauche allemande, empêchant ainsi l'encerclement de Nancy et en tant que
pivot, facilitant la victoire de la Marne et le redressement de la ligne de
bataille.
Saluons au passage la mémoire des officiers et hommes tombés dans
cette bataille et citons, entre autres, le lieutenant-colonel Martinet, tué
à Saulxures ; les chefs de bataillon Gaulier, tué à Rothau,
et Soubeyrand, tué à Saulxures, les capitaines Saint-Ubery, tué
à Rothau, et Avril, tué à Saulxures ; le lieutenant Libarelli,
tombé également à Saulxures, tous à la tête
de leur troupe.
(1) Le lieutenant-colonel Martinet est tué lors de ce combat, remplacé
par le commandant Arbey, commandant le 2e bataillon.
(2) Relevé par le 23e R.I.
Les opérations du 99e dans la Somme
La région où le régiment allait être appelé
à combattre de nouveau était bien différente de la première.
Autant celle-ci était montagneuse, boisée, variée, autant
celle-là était unie et monotone. Région riche et fertile,
champs bien cultivés, villages ramassés, presque pas d'arbres,
longues routes poussièreuses l'été et boueuses l'hiver,
telle est la partie de la France où pendant dix mois va opérer
le 99e régiment d'infanterie sous les ordres des lieutenants-colonels
Arbey et Marty.
A peine arrivés dans la Somme, nous reprenons notre place dans la bataille,
sans repos, avec un effectif incomplet. Mais le temps presse. Les allemands
arrêtés dans leur marche vertigineuse sur Paris ont été
bousculés sur la Marne et contraints à une retraite non moins
rapide qui menace de tourner au désastre.
D'après un renseignement positif de l'armée, si le corps d'armée
pousse, il prendra de flanc toutes les colonnes allemandes qui retraitent sur
la rive droite de la Somme.
Le régiment est engagé à Herleville le 25 septembre, progresse
quelque peu mais ne tarde pas à se heurter à un ennemi solidement
installé dans des tranchées profondes et bien dissimulées,
qui par des tirs bien ajustés nous occasionnent des pertes sérieuses,
dont le lieutenant-colonel Arbey, le capitaine Furtin, commandant de bataillon,
les lieutenants de Ville de Travernay, Roumanteau, Robin, commandants de compagnie
tués tous bravement en tête de leur unité, et brisera nos
attaques. Plusieurs fois dans un élan magnifique, le 99e R.I. essayera
de culbuter les allemands à Foucaucourt, à Dompierre, Fontaine-lès-Cappy,
plusieurs fois il sera arrêté.
Désormais, la ligne de bataille est fixée et pendant de longs
mois, ne subira que des changements sans importance. Le soldat français
s'est résigné à creuser des tranchées, à
vivre enterré et à épier par quelques petits trous les
moindres mouvements de l'ennemi. L'hiver approche, il est maintenant entendu
que nous le passerons en guerre, il faut donc s'organiser en conséquence.
Des deux côtés on fera de même, aussi un calme complet règnera
pendant quelques temps dans le secteur du régiment.
Puis nous assisterons à l'innovation de quelques moyens de combat : lancement
dans la tranchée ennemie de projectiles chargés d'explosifs et
guerre de mines, guerre meurtrière qui augmentera la fatigue des hommes
en leur imposant une attention soutenue.
A un moment donné cette tranquillité relative avait pu faire croire
aux allemands que la guerre allait se terminer là et que la nouvelle
frontière suivrait à peu de chose près la ligne de bataille.
Bel espoir à caresser, mais quelle erreur ! C'est avec cette idée
qu'un beau soir ils placèrent entre les deux lignes, mais bien plus près
de la leur que de la nôtre, un superbe poteau ayant d'un côté
les couleurs françaises, de l'autre les couleurs allemandes. Impossible
d'en douter, c'était bien le poteau frontière qu'ils avaient planté
en avant du front de la 8e compagnie à Fay. Au matin quand les soldats
l'aperçurent, leur rage fut grande. On ne pouvait le laisser. mais comment
faire ? Aller le chercher était chose dangereuse vu que la distance de
notre ligne au poteau était d'au moins trois cents mètres et qu'aucun
mouvement de terrain ne permettait de se mettre à l'abri. Cependant,
le soldat Nolin résolut de mettre le projet à exécution.
Un matin, à la pointe du jour, sans prévenir personne, au risque
de se faire tuer par une balle française, il quitta la tranchée
en rampant, se dirigea vers le poteau. Il put l'atteindre et l'arracher mais
un peu de bruit avait donné l'éveil à la sentinelle allemande.
Aussitôt, vive fusillade. Nolin ne perd pas son sang-froid, légèrement
protégé par la demi-obscurité, il rampe à nouveau
vers les lignes françaises. Ainsi fut ramené le poteau frontière.
Tous les camarades admirèrent son sang-froid, son beau courage, et lui
firent un accueil triomphale. L'insolence boche avait eu la réplique
française.
Durant cette période, les patrouilles et les embuscades seront nombreuses
et nombreux seront les volontaires pour ces missions périlleuses. Ce
sera le seul moyen d'avoir des renseignements sur les intentions de l'ennemi,
sur ses travaux et peut-être aussi de connaître son ordre de bataille.
Comme patrouilles ayant donné des résultats appréciables,
citons celle du caporal Payet de la 2e compagnie devant Fay, qui tue deux allemands
et ramène un prisonnier, celle de l'adjudant Goudin de la 1ère
compagnie, au moulin de Fargny, qui après combat, ramène un allemand
prisonnier, enfin, un brillant coup de main exécuté par des volontaires
de la 5e compagnie devant Dompierre et où se distinguèrent les
soldats Domont et Larra, le caporal Tartavez, lesquels n'hésitent pas
à sauter dans la tranchée ennemie et à tuer un occupant
qu'ils ne peuvent malheureusement ramener. (1)
(1) Le 99e régiment d'infanterie est remplacé début août 1915 par des régiments anglais.
Le régiment à l'attaque de Champagne 1915
Cette période de stabilisation du régiment avait assez duré.
Une grande offensive se préparait en Champagne ; il devait y participer
et y jouer un grand rôle. Retiré de la ligne, il est embarqué
et au début d'août 1915, nous voici dans cette nouvelle région.
Quelle tristesse ! Des champs de craie presque sans culture, rendant les grosses
chaleurs de l'été difficilement supportables, de rares villages
perdus au bord de quelque mince filet d'eau, des bois de pins rabougris et c'est
tout.
L'eau est très rare, il faudra faire des kilomètres pour en avoir.
Les cantonnements n'existent à peu près pas, quelques vagues camps
à moitié démolis. Heureusement que le temps est très
beau, ce qui permettra le montage de la tente sous bois et ainsi la réalisation
complète de la vie en plein air.
Durant cette période qui s'étendra d'août à octobre,
le régiment va fournir une somme de travail extraordinaire. Dès
son arrivée, un secteur lui est confié. Il faudra le défendre
et le préparer pour une grande attaque qui est proche et sur laquelle
les plus beaux espoirs sont fondés. Jour et nuit, pendant deux mois,
tout le monde travaillera à la construction de boyaux larges et profonds,
de parallèles de départ, d'abris, etc...
Le jour de l'attaque arrive enfin. Jamais offensive n'avait été
mieux préparée, un bombardement de soixante-douze heures l'avait
précédée, aussi le 25 septembre 1915 à 9 h 15, tout
le monde s'élança plein de confiance dans le succès. L'ennemi
surpris réagit et se rend compte de sa défaite. Les résultats
sont magnifiques : avance de plusieurs kilomètres, nombreux prisonniers
et prise d'un important matériel. Ici, l'on peut dire que chacun rivalisa
avec son voisin d'entrain et de courage. Ce beau fait d'armes valut au 99e une
belle citation à l'ordre de l'Armée et son drapeau reçut
la croix de guerre avec palme.
Quelques jours avant l'attaque, le commandant Rousselon, du 1er bataillon promu
lieutenant-colonel avait succédé au lieutenant-colonel Marty,
appelé dans un état-major.
Extrait de l'ordre général n°40 - 2e armée
Le général commandant la 2e armée cite à l'ordre
de l'Armée le 99e R.I. :
"Sous le commandement du lieutenant-colonel Rousselon, s'est affirmé
dans la brillante offensive du 25 septembre au cours de l'assaut. Puis, d'une
manoeuvre d'encerclement comme une troupe valeureuse, disciplinée et
parfaitement instruite."
Le général commandant la 2e armée, signé : Pétain.
Au cours de cette brillante offensive, les exploits individuels sont légion.
Citons au hasard. Les sous-lieutenants Faugier et Blachère, jeunes officiers
d'une bravoure incomparable, se sont battus comme des lions, dans un corps à
corps et en tête de leurs sections et sont tombés glorieusement.
L'adjudant Mayoux de la 9e compagnie aperçoit une mitrailleuse qui entre
en action ; il se précipite sur elle, tue deux servants avec son révolver,
fait les autres prisonniers, s'empare de la mitrailleuse (qui était française),
la retourne immédiatement et ouvre le feu sur les groupes ennemis qui
se replient. Le soldat Lamma de la 11e compagnie qui, arrivant à un carrefour
de boyaux, se trouve en présence d'un allemand armé. Tous les
deux se visent, tirent et se manquent. Lamma plus habile que son adversaire,
recharge immédiatement, vise mieux et d'une balle en pleine tête,
le tue net. Continuant son avance, il devait encore abattre 5 allemands.
Le soldat Molleret de la 1ère compagnie, saisi à la gorge par
un boche, lutte un moment, puis se dégage en le tuant d'un coup de pelle-bêche.
Le caporal Larra de la 5e compagnie, qui pour réduire un fortin solidement
tenu, n'hésite pas à monter sur la tranchée pour mieux
l'arroser de grenades. Deux balles percent son casque, des pétards tombent
autour de lui, Larra continue sans hâte, avec le même calme, la
même précision et finalement contraint les occupants du fortin
à se rendre. Pour clôturer cette belle série, on ne saurait
mieux faire que de rappeler la mémoire du capitaine Berger qui, délié
de toute obligation militaire, vint volontairement grossir les rangs du 99e
et qui fut mortellement frappé à la tête de sa compagnie.
L'offensive arrêtée, le rôle du 99e est terminé en
Champagne. Il va aller goûter un repos bien mérité dans
la Haute-Saône où pendant un mois et demi, il se reformera, recommencera
son instruction et son entraînement de manière à être
prêt pour les batailles futures. Ce séjour fut agréable
; les habitants qui depuis longtemps n'avaient eu de soldats, s'empressaient
auprès des héros de Champagne.
Après ce repos dont on peut dire, je crois, que tout le monde gardera
un bon souvenir ; le régiment se dirige en Haute-Alsace. Nous avions
entendu causer favorablement des secteurs d'Alsace, nous y voilà enfin.
On ne nous avait point trompé, c'était bien le calme parfait.
Les lignes étaient à grande distance l'une de l'autre (parfois
même ignorait-on où passait la tranchée ennemie.), de solides
réseaux de fils de fer, de beaux abris et du bois en quantité.
Si à cela on ajoute de bons cantonnements à l'arrière,
nous tenions le secteur idéal pour terminer l'hiver ; le repos allait
continuer semblait-il (1).
Mais cela ne dura pas. Un beau matin, on nous annonça la relève.
A ce séjour calme et tranquille de trois mois allaient succéder
quelques semaines plus pénibles. Une période d'entraînement
intensif nous attendait. Au camp d'Arches, près d'Epinal, malgré
la neige, la pluis ou le vent, pendant une vingtaine de jours, le régiment
fera de durs manoeuvres.
C'est là que devait nous trouver la grande offensive boche sur Verdun
en 1916.
(1) Le secteur de Carspach.
Le 99e est bien entraîné, il est à peu près à
effectif complet ; si on a besoin d'un bon régiment, il est tout désigné.
Cela ne devait tarder. On l'embarquait à Epinal un beau matin, la nuit
suivante, il était dans la région de Verdun (26 février).
Nous n'étions qu'à la fin de février. L'hiver se faisait
encore durement sentir, le froid, la neige, les routes glissantes, rien ne manquait.
Au bout de quelques étapes, nous sommes à proximité de
Verdun et de loin il nous est permis d'assister à la formidable bataille.
A partir de ce moment finis les jours de repos et les secteurs calmes. Plus
de beaux cantonnements à l'arrière. Pendant dix longs mois, le
régiment vivra au milieu d'un ouragan de fer encore inconnu jusqu'ici,
ou prendra un vague repos dans les camps sous bois à faible distance
des premières lignes. Ce seront des relèves longues, pénibles
par des nuits noires, dans la boue où l'on s'enlise et où chaque
fois, des camarades n'arriveront pas jusqu'au lieu de repos.
Le hasard voulut que comme début de stage, nous tombions dans la plaine
marécageuse de la Woëvre, au pied des Côtes de Meuse, dans
la boue de Châtillon et de Ronvaux, secteur assez calme néanmoins.
Relevés au début d'avril, ramenés en arrière (à
Chaumont-sur-Aire) par quelques étapes, nous sommes enlevés en
camion et cette fois, c'est bien la grande bataille.
Dans la nuit du 21 au 22 avril, nous relevons des éléments disparates
(1) dans le secteur de la ferme Thiaumont, secteur de réputation terrible,
très important, où les allemands chercheront plusieurs fois à
se faire un passage sur Verdun. Pendant un mois et demi, le régiment
restera là, accroché aux pentes du ravin de la Dame tristement
connu sous le nom de ravin de la Mort, subissant de très violents bomardements
et de nombreuses attaques qu'il repoussera toutes notamment celle du 7 mai où
se distinguèrent entre autres, le capitaine Michoux, qui par son sang-froid
et son calme admirable, sauva la situation, le lieutenant Duperray (8e compagnie)
qui ganté, la canne à la main, n'hésite pas à monter
sur la tranchée pour donner l'exemple à ses hommes et qui se fait
tuer. Cette date restera célèbre et permettra plus tard au général
Peillard qui commandait alors la 28e D.I., d'écrire un jour au lieutenant-colonel
Borne (2), commandant le 99e R.I., ceci en parlant du 7 mai :
"Je n'oublierai jamais que le 99e R.I. a sauvé mon honneur militaire
en résistant le 7 mai pendant toute la journée à l'attaque
de toute une division allemande."
A sa relève, le régiment rendait le secteur intact ; ce n'est
qu'après son départ que les allemands s'empareront de la ferme
Thiaumont. Il avait subi de lourdes pertes, mais maintenu intégralement
ses positions et même les avaient améliorées (3).
Quelques jours de repos dans la région de Bar-le-Duc, le temps de se
reformer et à nouveau, nous sommes en ligne dans la Woëvre à
Moulainville-la-Basse. Il fait très beau, les lignes sont éloignées
l'une de l'autre, souvent peu précises ; le secteur est intéressant
au point de vue de l'instruction. Nombreuses patrouilles et reconnaissances
dont une fort remarquable. Le 19 juillet 1916, l'apirant Vestizon et le soldat
Robin de la 6e compagnie, franchissent à la pointe du jour les cinq cents
mètres qui séparent nos lignes des lignes allemandes bondissent
dans la tranchée ennemie, tuent ou mettent en fuite les occpants et ramènent
sans être inquiétés une mitrailleuse toute neuve avec son
affût-trépied et deux caisses de cartouches.
La tâche du régiment n'était pas encore terminée.
Un glissement à gauche et c'est la ruée allemande qu'il faut arrêter
une fois encore ! Pas plus à la Laufée qu'ailleurs, l'ennemi ne
passera et le 1er août sera pour lui une défaite. Les allemands
attaquent avec furie la division à laquelle le 99e a été
prêté (4). Deux régiments sont anéantis et le boche
arrive à 100 mètres du tunnel de Tavannes. Mais le 99e ne s'est
point laissé enfoncer ; son indomptable résistance permet à
une brigade coloniale de contre-attaquer avec vigueur et de reprendre le terrain
perdu. La journée fut chaude, la ligne un instant entamée fut
ramenée par une brillante contre-attaque dirigée par le sous-lieutenant
Nury de la 6e compagnie qui fit des prisonniers et délivra le sergent
Jousse le caporal Verger et le soldat Roquemaure qui pendant deux heures étaient
restés aux mains des boches. C'est également au cours de cette
contre-attaque que le clairon Clerg de la 6e compagnie, blessé mortellement,
répondit à son officier qui l'encourageait :
"Mon lieutenant, je vais mourir, je le sais ; mais je suis heureux, j'ai
vu fuir les boches, cela me suffit pour mourir content."
L'ennemi a subi le 1er août un échec des plus graves dans lequel
le 99e a joué un rôle prépondérant. "On ne passe
pas", a bien été sa devise. Dès cette époque,
on peut considérer la ruée allemande sur Verdun par la rive droite
de la Meuse comme complètement arrêtée (5).
Le séjour du régiment devait encore se prolonger pendant trois
mois à Eix, secteur plus à droite, un peu moins agité,
mais où il eut néanmoins de nombreux et violents bombardements
à supporter.
Le 27 décembre, le 99e R.I. est envoyé quelques semaines dans
la région de Mauvages, lieu de repos peu enchanteur, sans ressources
où les cantonnements ne sont pas aménagés et où
le froid se fait durement sentir. Il se reforme, s'entraîne par des manoeuvres
pénibles dans la neige et au mois de février 1917, nous le retrouvons
dans la Somme. On parlait en effet d'une offensive dans cette région.
(1) essentiellement le 116e R.I.
(2) Le lieutenant-colonel Borne avait pris le 6 mai le commandement du régiment
en remplacement du lieutenant-colonel Rousselon, blessé très grièvement
le 30 avril, à Verdun, par un obus qui fit de nombreuses victimes parmi
l'état-major du régiment : lieutenant Marque, officier adjoint,
lieutenant Borcier, porte-drapeau ; sous-lieutenant Marquet, officier d'approvisionnement
; blessés : médecin-major Bouyssou ; chef de musique July.
(3) l'historique ne fait pas mention de l'attaque française du 23 avril,
dimanche de Pâques, qui échoua suite au bombardement par l'artillerie
française des positions conquises par le 99e R.I.
(4) le 99e R.I. remplace le 95e R.I.
(5) le 30e R.I. relève le 99e R.I.
Le repli allemand sur Saint-Quentin
La Somme ! Mais nous la connaissons déjà. Aucun changement depuis
1915 et de la boue en aussi grande quantité. Sitôt débarqué,
nous sommes envoyés dans le secteur de Marquivilliers, secteur déjà
assez bien organisé, mais où un travail intensif s'impose pour
une offensive prochaine.
Un froid excessivement vif, la terre fortement gelée, augmentent les
fatigues des hommes.
Cependant devant l'avance de nos préparatifs, le boche s'inquiète.
Au mois de mars, à la veille de l'attaque, il rompt le combat et se retire
en direction de Saint-Quentin sur une formidable ligne soigneusement préparée.
Le régiment talonne l'ennemi et le pousse parfois plus vite qu'il ne
voudrait. Ses arrière-gardes sont atteintes à Happincourt. Nous
enlevons de haute lutte les villages du Hamel, Séraucourt-le-Grand, Fontaine-lès-Clercs,
Castres, Contescourt, le régiment arrive aux portes de Saint-Quentin.
Plus nous approchons de la position d'arrêt, plus la résistance
se fait sentir : dès la fin mars, la progression devra cesser.
Quelques faits sont à retenir. Le 24 mars à l'attaque de la cote
98, près de Séraucourt, le 6e compagnie est arrêtée
par un feu violent de mitrailleuses. Blessé une première fois
au ventre, l'aspirant Chevillot eut encore le courage de se redresser et d'entraîner
sa section dans un nouveau bond. Il tomba mortellement blessé frappé
d'une deuxième balle au moment où il criait ces belles paroles
: "En avant !"
Quelques jours après c'est une belle manoeuvre de la 9e compagnie pour
s'emparer de Fontaine-les-Clercs. Il faut traverser un large plateau battu directement
par l'artillerie allemande. Tout se passe comme à la manoeuvre, avec
le même calme et la même tranquillité. Citons encore l'aspirant
Thomas de la C.M.2 qui avec une seule section de mitrailleuses enraye une violente
contre-attaque ennemie.
La situation devenant stationnaire, le régiment séjournera peu
de temps dans la région de Saint-Quentin. Il sera retiré (1),
recevra quelques renforts et sera rapidement transporté sur un noueau
théâtre d'opérations : le Chemin des Dames.
(1) Remplacé par le 16e R.I.
La résistance du 99e au Chemin des Dames
Nous sommes à la fin du printemps, il fait chaud, la région est
belle. Voici l'Aisne qui, tranquille, coule au milieu des prairies, à
l'ombre de grands peupliers, le canal où de nombreuses péniches,
bloquées dans leur marche, servent maintenant de cantonnements de repos,
quelques villages à flancs de coteau avec leurs fameuses creutes. Puis
le plateau, véritable paysage lunaire, où la tourmente faisait
rage enterre les uns en déterrant les autres. Derrière, enfin,
l'Ailette dont le nom à jamais célèbre, doit rappeler de
tristes souvenirs aux allemands.
Sur le plateau le régiment trouve une situation de fin d'attaque à
la Bovelle (1). Il aura à supporter de violents bombardements et à
subir des contre-attaques acharnées. Il résistera au prix de grands
sacrifices ; le 3e bataillon (commandant Varvier) se fera tuer sur place avant
de céder une toute petite parcelle de terrain. Rendons un hommage ému
aux braves tombés au cours de cette dure période, au lieutenant
Aurran, commandant la 9e compagnie, au sous-lieutenant Roudet, tombé
en défendant à la grenade l'accès d'un boyau, au sous-lieutenant
Jacquemin dont le sang-froid fut admirable, au capitaine Fabre, au capitaine
Kléber qui meurt victime de son grand courage et de son mépris
du danger. Avec une poignée de braves, le capitaine Kléber charge
révolver au poing, se bat à la grenade, semant le désarroi
dans les rangs de l'ennemi, le contraignant à se replier sur sa ligne
de départ et rétablissant ainsi la situation. Frappé d'une
balle en pleine tête, il meurt comme il l'avait rêvé : pour
sa patrie. Citons encore quelques phrases dignes de héros. C'est le tireur
Guillard de la C.M.1 qui se voyant presque entouré continue froidement
son tir en disant : "après tout on ne meurt qu'une fois." et
tombe mortellement blessé.
C'est le soldat Chapus autre tireur de la C.M.1 qui blessé, déjà
au poste de secours, entendant le bombardement préparatoire à
l'attaque, part en disant : "un mitrailleur doit être à sa
place quand ça barde." Blessé une deuxième fois, Chapus
a encore le courage de sauver sa pièce et en la remettant à son
officier, lui dit :"je suis tireur, on m'a confié une pièce,
la voilà."
C'est le soldat Lamma de la 11e compagnie, qui, debout sur la tranchée,
malgré le bombardement, sans vareuse manches retroussées, une
caisse de grenades à ses côtés, s'écrie :"Qu'ils
y viennent !"
Pendant plus d'un quart d'heure, il défend à lui seul l'accès
au boyau et finalement tombe mortellement atteint.
La compagnie du 9e mixte dépêchée le 21 mai 1917 pour rétablir
la situation du 3e bataillon qui était critique, rentre en ligne sous
un violent marmitage en plein midi. Cette unité, se composant de 127
hommes, a eu le capitaine blessé grièvement, 3 sous-lieutenants
et 97 hommes de troupe tués ou blessés (2).
Un deuxième séjour dans un secteur plus à gauche, à
Cerny, va augmenter encore les fatigues du régiment. Cette période
sera un peu plus calme que la première, mais il y aura néanmoins
quelques sérieux bombardements et quelques violentes attaques à
supporter ; particulièrement le 10 juin où se distingua le commandant
Multrier déclanchant une vigoureuse contre-attaque qui reprend tout le
terrain perdu et fait des prisonniers. Craignant une nouvelle attaque, il fut
grièvement blessé en exécutant une reconnaissance en première
ligne. Le sous-lieutenant Mollingal se fit remarquer par son sang-froid et son
grand courage ; un obus de gros calibre ayant blessé grièvement
et enterré son commandant, il n'hésite pas, quoique commotionné
lui-même, à se porter à son secours et à le transporter
à l'arrière sur ses épaules malgré un tir violent
d'obus toxiques et de gros calibres et bien qu'ayant perdu son masque (3).
Tous ces magnifiques actes de courage montrent combien la bataille fut acharnée
et combien dure, opiniâtre fut la résistance du régiment
ayant subi de très lourdes pertes. Son séjour au Chemin des Dames
ne pouvait se prolonger plus longtemps. En descendant du secteur, le 23 juin,
il est enlevé en camion, transporté dans la région de Montdidier
où il prendra quelques jours de repos dans des villages à moitié
démolis, se reformera, fera quelques manoeuvres et le 15 juillet montera
en ligne dans un secteur calme des bords de l'Oise (4).
Il y demeurera à peine un mois (5). Nouvelle relève, nouvelle
étape et c'est l'arrivée près de Soissons.
(1) Le 99e R.I. remplace le 137e R.I.
(2) Le 99e R.I. est relevé le 22 mai par le 4e zouaves
(3) Le 136e R.I. remplace le 99e R.I. devant Cerny.
(4) Où il prend la suite du 319e R.I.
(5) Le 278e R.I. le remplace.
Le rôle du 99e à l'offensive de la Malmaison
Nous connaissions déjà la vallée de l'Aisne, ce que nous
ignorions c'était le but de notre voyage.
Que venait-on faire par ici ? Notre incertitude ne devait pas durer longtemps.
Une grande offensive était en préparation, nous en étions,
c'était tout naturel.
Dans cette offensive à objectif limité destinée à
faire tomber le bastion du Chemin des Dames, le 99e jouera un rôle brillant
le 23 octobre 1917, en enlevant avec brio tous les objectifs qui lui étaient
assignés et le 25 en exploitant le succès de la division, conquérant
ainsi le "doigt d'Ailleval", position essentielle pour nous assurer
la maîtrise du terrain au sud de l'Ailette, et où le détachement
mixte, sous les ordres du capitaine Piastri, contribua, par ses nettoyages de
creutes, à la réussite de l'attaque (1).
La réussite des opérations, l'entrain, la vigueur, la méthode
avec lesquels elles furent menées, valurent au régiment l'élogieuse
citation qui suit :
Ordre général n°529
"Le 23 octobre 1917, sous les ordres du lieutenant-colonel Borne, a enlevé
devant son front toutes les lignes allemandes, attaqué et résuit
les creutes organisées servant d'abris à l'ennemi. Le 25 octobre,
a successivement enlevé une ligne de tranchées, encerclé
un village, réduit plusieurs centres de résistance et conquis
le terrain jusqu'à l'Ailette, réalisant une avance de plus de
cinq kilomètres dans les organisations ennemies. A fait au cours de ces
deux journées, plus de 1400 prisonniers et pris un important matériel."
Signé : Maistre
C'est la deuxième citation du régiment. Aussi le 10 novembre 1917,
dans une cérémonie solennelle à Soissons, le Général
en chef a remis la fourragère au drapeau et au colonel du 99e R.I. devant
une délégation du corps.
Un fait d'armes parmi tant d'autres doit être mentionné. C'est
celui de l'adjudant Coustère qui commandait l'ensemble des équipes
de Schil (2).
Précédant les vagues d'assaut, il atteint les entrées de
la grande creute, les nettoie, quand brusquement les 2 hommes qui étaient
avec lui tombent frappés par balle et lui-même est entraîné
au fond de la creute. Des fuyards qui se mettaient à l'abri, le font
prisonnier. Dans cet immense abri devenu souricière, c'est le désarroi
de la défaite. On court, on téléphone, des soldats parlent
de se rendre, le major refuse quand soudain les grenades suffocantes tombent
par les cheminées. Alors, un officier boche s'approche de Coustère
et lui dit : "Monsieur, venez avec nous."
Il lui expose la situation et précise :
"Si vos camarades veulent ne pas tirer, nous nous rendons tous sinon nous
avons des vivres et des munitions ; nous pouvons nous défendre. Dites-le
leur bien. Mais si vous ajoutez en français des paroles que nous ne comprenons
pas, je vous brûle la cervelle."
Coustère promit, bondit vers une sortie, parlementa avec les français
et quelques instants après, cinq cents prisonniers, officiers en tête,
sortaient de la creute. Et Coustère était retrouvé à
la joie de tous.
Fier et satisfait des résultats obtenus au cours de l'année 1917,
le régiment allait vivre des jours tranquilles dans un repos bien mérité
dans la région de Compiègne. Cette partie de l'Oise est agréable
: riches vallées, magnifiques forêts, des promenades, le repos
pouvait se prolonger.
Un mois à peine et nous voici en mouvement. Brusque enlèvement
en camions pour aller exécuter des travaux dans la région de Saint-Quentin
où nous ne faisons qu'un petit arrêt. De là, embarquement
pour le camp de Mailly où malgré le froid et la neige, nous ferons
de longues manoeuvres. Puis nouvel embarquement pour l'Alsace où notre
séjour va durer près de trois mois dans la même région
qu'en janvier 1916.
Pas de changement depuis. C'est toujours le même bien-être et le
même calme, troublé cependant parfois par des bombardements par
projectors (3) qui nous causent des pertes sensibles.
Mais vers la fin mars éclate comme un coup de tonnerre, la formidable
offensive allemande qui veut tout détruire, tout enfoncer et amener la
victoire ennemie.
(1) Après avoir relevé le 414e R.I. et lui avoir rendu le secteur
à la fin de la bataille.
(2) Lance-flammes
(3) Minenwerfers (crapouillots allemands)
Le rôle décisif du 99e dans la bataille des Monts
Dès lors nos jours en Alsace sont comptés. Au début d'avril,
nous nous embarquons à Belfort et après cinquante deux heures
de chemin de fer, après avoir traversé la France, nous voici en
Belgique où la présence des troupes françaises est plus
que nécessaire.
L'allemand triomphe, encore un effort et la route de Calais est ouverte. Sans
retard, nous sommes lancés dans la bataille et nous nous accrochons aux
pentes du mont Kemmel, massif boisé, aéré et peu sauvage,
tranchant vivement sur l'ensemble de la contrée environnante. Il domine
cette grande plaine agricole et manufacturière. Les cultures, les fermes,
les usines d'Armentières et de Lille. De ce belvédère,
on découvre à ses pieds, comme sur la carte, tout le panorama
des Flandres.
Dans ce séjour très court, deux périodes sont à
considérer. La première qui va du 16 au 24 avril et au cours de
laquelle le 99e est en première ligne. La deuxième, du 24 au 26
où le régiment est envoyé en réserve pour préparer
une opération offensive destinée à dégager nos positions
entre le Kemmel et Wytschaete.
Au cours de la première, dès le 16, l'intervention rapide de nos
compagnies parvient à rétablir la cohésion du front allié.
Les anglais décimés, pressés, ont laissé des trous
dans leur ligne, notre arrivée interdira l'infiltration et arrêtera
la poussée ennemie.
Durant la deuxième, le 99e obligé d'abandonner complètement
sa première mission arrêtera la poussée allemande sur la
ligne Locre à Millekruisse avec comme centre principal de résistance,
le Scherpenberg et permettra l'arrivée et l'installation complète
de la 39e D.I.
Citons quelques faits ayant trait à la première période.
Au cours d'une patrouille offensive, le sous-lieutenant FUGIER-GAREL, de la
5e compagnie, ramène huit prisonniers accomplissant une mission de reconnaissance.
Pendant l'attaque allemande du 18 avril, l'aspirant ARRAGON, de la C.M.2, n'hésite
pas à mettre sa pièce en plein champ pour arrêter une attaque
ennemie. Son tireur tué, il prend sa place et tombe à son tour.
Le caporal GUILLAUD remplace son chef de section et s'affaise mortellement frappé.
Successivement les quatre servants tombent tués ou grièvement
blessés. Alors, seulement la pièce cesse son tir.
Notre résistance a fait échouer les premières tentatives
ennemie. Mais la possession de nos côtes de la mer du Nord a pour les
allemands, une importance trop capitale pour qu'ils ne s'efforcent point de
les atteindre par une suprême tentative. Celle-ci aura lieu le 25 avril.
Dans la nuit du 23 au 24, le régiment laissant un bataillon au mont Kemmel
comme garnison du mont, a été relevé par le 30e et le 416e
R.I. et a pris une position de 2e ligne Scherpenberg, la Clytte.
Le 25 à 2 h.30, la préparation de l'attaque allemande commençait.
C'était une préparation du type de Verdun, mais d'une puissance
passant de loin les plus monstrueux écrasements de Thiaumont et de la
cote 304. Ce qu'elle offrait de particulier, c'était la proportion énorme
d'obus toxiques. La nature de ces gaz n'était pas celle de l'ypérite,
qui s'attache au sol et le rend inhabitable pour longtemps ; c'étaient
des gaz nouveaux, à effet subit, passager, produisant une grande gêne
de la respiration, une sensation soudaine d'accablement et de torpeur.
L'attaque se prononça sous une brume épaisse, un peu avant six
heures. La situation fut grave, les régiments de première ligne
ayant été littéralement anéantis, mais une prompte
résistance organisée par le 99e R.I. sur la ligne des Monts en
arrière du Kemmel, obligea l'ennemi à s'arrêter.
Avec l'attaque brisée, la route de Calais lui était désormais
fermée.
De cet exposé sommaire et rigoureusement conforme aux documents et aux
témoignages, il résulte que le 99e a rétabli la situation
à deux moments très critiques.
1° Le 17 au soir, par son intervention parmi les unités anglaises
disjointes il a permis à celles-ci de se ressaisir et de fixer leurs
lignes ; le 18 au matin, il a fait échouer la première tentative
en force de l'ennemi contre le Kemmel.
2° Le 25 par la résistance du 3e bataillon au Kemmel, par l'intervention
rapide des deux autres, la hâte avec laquelle ils organisèrent
une ligne de feu, malgré l'acharnement des barrages ennemis, il a empêché
que la prise du Kemmel ne soit suivie de l'enlèvement du Scherpenberg
et d'une rupture désastreuse de notre front.
Le régiment ne doit pas hésiter à revendiquer la plus large
part de gloire dans cet échec retentissant de l'attaque allemande. Le
rôle joué par le régiment dans cette bataille est entièrement
résumé dans la citation à l'Armée obtenue par le
lieutenant-colonel BORNE, commandant le 99e R.I. :
Ordre général n°5, du 4 mai 1918.
"Le général DE MITRY, commandant le détachement d'armée
du Nord, cite à l'ordre de l'Armée :
Le lieutenant-colonel BORNE Jean-François-Victor du 99e R.I.
Vient à nouveau de donner les plus belles preuves de fermeté morale
et de sa valeur de chef. Pendant les attaques violentes subies par la division
et malgré les pertes éprouvées, a rallié rapidement
les unités restantes de son régiment sur une position nouvelle
où il a définitivement arrêté l'ennemi."
Signé : DE MITRY
Quelques jours avaient suffi pour réduire à peu de chose le beau
régiment qu'était le 99e au début de 1918. Il fallu le
reformer. C'est dans cette intention qu'il fut amené dans la région
de Châlons-sur-Marne ; région très bien organisée
où le repos sera des plus profitables.
Des renforts arrivés de régiments dissous (1) vont grossir nos
rangs. Encore quelques jours pour faire plus ample connaissance et déjà
le bruit se répand que nous allons relever dans le secteur des Monts.
Une nouvelle attaque allemande foudroyante dans sa rapidité nous obligera
à changer de direction. Après quelques étapes rendues des
plus pénibles par la longueur, la chaleur, le chargement des hommes,
nous arrivons dans la Montagne de Reims.
Est-il besoin de parler de la beauté, de la richesse de cette région,
de ses châteaux aux intérieurs somptueux, de ses riants villages
au pied de la Montagne, de ses immenses vignobles aux crûs célèbres
entre tous.
C'est là que, avec une énergie farouche, le 99e résistera
pendant douze jours aux assauts furieux et répétés d'un
ennemi qui ne reculera devant aucun procédé pouvant lui permettre
un passage.
A son arrivée dans la Montagne de Reims, après deux jours de marches
forcées rappelant les plus fameuses mentionnées dans l'histoire
: en 26 heures, le régiment avait fait 60 kilomètres, le 2e bataillon
n'avait pas moins fait de 78 kilomètres dans le même laps de temps
! Le régiment est divisé, ses bataillons sont prêtés
et envoyés où le besoin se fait sentir, au mécontentement
de tous.
Finalement, il est regroupé ; le secteur de Clairizet lui est confié.
N'ayant pas subi la retraite, il apportera au combat un esprit de décision
et une ténacité qui doivent fixer immuablement la ligne de bataille
et endiguer la vague ennemie.
Le 1er juin, à 19 heures 45, un marmitage renforcé de torpilles
s'acharne sur la côte 240. Le boche bouscule notre première ligne,
prend pied sur le plateau, pénètre jusqu'aux sections de réserve.
Dans ces conjonctures tragiques, le capitaine COSTE, commandant le 3e bataillon,
ses officiers et gradés payant de leur personne, donnant l'exemple vivant
du sang-froid, rallient les hommes égaillés mais dociles. Sous
le feu des mitrailleuses qui balayent le plateau, la contre-attaque se développe,
farouche, au fusil, à la baïonnette, corps à corps, sans
merci et sans quartier, où le boche est vaincu. Pas de prisonniers valides,
des cadavres ennemis jalonnent le terrain de combat. Le reste des assaillants
dévale les pentes du nord. Des prisonniers blessés et des mitrailleuses
sont capturés, la position rétablie dans son intégrité
mais au prix des plus grands sacrifices. La cote 240, pilier de la défense
de Reims, était encore à nous.
Les journées des 6 et 9 juin seront encore marquées par de violentes
attaques ennemies pour essayer de nous enlever la côte 240. C'est grâce
à la résistance acharnée du 1er bataillon, sous le commandant
du capitaine PIASTRI, que le 43e colonial, en liaison avec la 1ère compagnie
de ce bataillon, a pu contre-attaquer et reprendre la cote 240, qu'il venait
de perdre une heure avant.
C'est au cours d'une des nombreuses attaques de l'ennemi que la section de mitrailleuses
du sergent DUTERTRE de la C.M.1 entourée de tous côtés par
l'ennemi continue le feu avec ses pièces et ses mousquetons paralysant
ainsi l'avance allemande et permettant à un régiment voisin de
lancer une contre-attaque qui réussit pleinement.
Pour sa brillante conduite, le 3e bataillon fut cité à l'ordre
de l'Armée dans les termes suivants :
Ordre générale n°318 du 23 juin 1918.
Le général commandant la 5e armée cite à l'ordre
de l'Armée :
"Le 3e bataillon du 99e R.I. Ayant été chargé de tenir
coûte que coûte une très importante position, a sous l'énergique
et habile direction de son chef, le capitaine COSTE, et malgré l'extrême
fatigue résultant de deux marches forcées, résisté
à plusieurs attaques ennemies, accompagnées de bombardements intenses
par obus, torpilles, obus toxiques et de violents tirs de mitrailleuses, a maintenu
intégralement la position qui lui était confié ; pris des
mitrailleuses et fait des prisonniers."
Signé : BUAT
En sauvegardant l'intégrité de son secteur, le 99e a contribué
pour une part glorieuse à la défense de Reims et même par
avance à l'échec de l'offensive allemande du 15 juillet 1918 qui,
en ce point capital de la ligne de bataille, s'est usée contre ses précieuses
positions.
Malheureusement beaucoup de camarades ne devaient pas redescendre avec le régiment.
Rappelons la belle conduite du commandant FOURQUET, du capitaine OLCHANSKY,
du lieutenant PEYRASSOL, des sous-lieutenants BRUN, MARINET et de tant d'autres
encore, officiers et soldats.
Le 99e envoyé à l'arrière (2) devait être embarqué
aussitôt et amené à l'arrière en Lorraine. Il passera
deux mois environ dans ce secteur tranquille dont tout le monde gardera un bon
souvenir (3). Au travail dès l'installation terminée, l'organisation
de la position sur des bases nouvelles, la construction d'abris, de boyaux et
de tranchées, la pose de fils de fer, les coups de main seront les distractions
du régiment.
(1) Le 348e R.I. dissous.
(2) Le 99e R.I. est remplacé par un corps d'armée italien.
(3) La forêt de Parroy
L'offensive du 26 septembre 1918 en Champagne
Entre temps, tous les puissants efforts allemands ont été brisés
et la victoire commence à nous sourire. Gros succès français
partout ; l'ennemi à son tour durement mené, chancelle. Dès
lors, la place du 99e n'est plus en Lorraine.
Nouveau voyage en chemin de fer, quelques jours d'entraînement à
l'arrière, transport en camions et une fois de plus nous arrivons en
Champagne pour l'attaque du 26 septembre.
Pour comprendre le rôle ingrat qu'allait jouer le régiment au cours
de cette offensive, il est nécessaire d'avoir une idée nette de
la zône où il allait manoeuvrer à partir du 30 septembre,
jour où il prend l'attaque à son compte.
Une vallée assez resserrée au fond de laquelle nous trouvons une
rivière : la Py ; une voie ferrée en remblai, un village entièrement
démoli, mais véritable forteresse barrant complètement
le passage : Sainte-Marie-à-Py. De chaque côté de la rivière,
deux plateaux sensiblement de même hauteur aux flancs abrupts sur la vallée,
aux pentes beaucoup plus douces à l'extérieur et légèrement
ravinées. Si on ajoute que le plateau occupé par les boches est
puissament organisé, solidement tenu par des troupes d'élite armées
de nombreuses mitrailleuses, que le bois du Fourmillier sur ce plateau est un
nid de batteries allemandes, on se rendra compte aisément des difficultés
que le régiment rencontrera à chaque essai de progression, chaque
fois que ses compagnies voudront essayer de franchir la vallée et d'atteindre
la crête ennemie.
Le 99e n'interviendra pas tout de suite ; pendant quelques jours, il restera
en réserve de corps d'armée, puis le 30 septembre, par franchissement
de lignes ; le régiment doit prendre l'attaque à son compte. Cette
opération ne pouvant être exécutée, il reçoit
l'ordre de déborder l'objectif en passant à droite sur le terrain
de la division voisine. Opération délicate et dangereuse par suite
du manque de défilement. L'attaque a lieu. Le feu de nombreuses mitrailleuses
ennemies, le tir serré d'artillerie causèrent tout de suite de
lourdes pertes en officiers et en hommes et paralysèrent l'assaut dès
le débouché. De nouvelles attaques ont lieu, toujours avec le
même entrain et parfois sans appui d'artillerie. Elles s'efforcent de
progresser par petits bonds et parviennent à gagner du terrain au prix
de pertes sanglantes causé par le tir acharné des mitrailleuses
qui finissent par enrayer toute progression.
Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1918, le régiment fut regroupé,
la nuit suivante, il fut ramené au camp de Châlons au prix de fatigues
énormes pour les hommes. Le 99e harassé n'eut pas une nuit de
repos car le 4 au soir, il recevait l'ordre d'aller occuper d'urgence un nouveau
secteur, celui des Monts. Au lever du jour, le 5 octobre, le régiment
est alerté en vue de poursuivre l'ennemi dont le repli semble s'annoncer.
La progression d'abord aisée ne devait pas tarder à devenir difficile,
lorsque nous allions nous heurter aux fortes arrière-gardes ennemies
armées de nombreuses mitrailleuses, qui tenaient le village de Selles
et les croupes qui dominent la Suippe au nord.
Le 6 octobre, le colonel reçut deux ordres successifs, d'abord de reconnaître
Selles avec une compagnie allégée sans se maintenir dans la position,
puis d'enlever le village.
Deux reconnaissances ayant été repoussées, une attaque
est montée pour s'emparer du village. L'artillerie française arrose
les crêtes en face, la 10e compagnie sous le commandement du lieutenant
SABATY, aborde Selles, l'encercle et fait quelques prisonniers. De nombreuses
mitrailleuses entrent alors en action dans le village même qui devient
intenable ; la 10e compagnie se reforme à la sortie sud-ouest et reste
en surveillance.
C'est à cette attaque que le sergent MADELMONT de la 10e compagnie, après
avoir fait huit prisonniers avec sa fraction, tombe sous le feu d'une mitrailleuse
ennemie placée non loin de lui. N'ayant aucun abri, il commande ; "En
ordre, suivez-moi", et descend dans la Suippe ayant de l'eau jusqu'à
la ceinture. Ainsi abrité par la berge de la rivière, il continue
le combat. Plus tard, il ramènera tous les hommes en lieu sûr.
Mais la fin de notre rôle était arrivée. Rompant le combat
le 6 au soir, le régiment était regroupé le 7 au matin
dans ses positions de départ, dans l'état d'épuisement
extrême où l'avait mis onze jours et onze nuits de marches et de
combats sans un moment de répit, mais ayant toutefois un excellent moral
que n'avait fait qu'accroître le recul des boches et les excellentes nouvelles
parvenues de tous les fronts.
Les pertes avaient été sérieuses : plusieurs officiers
étaient morts en faisant bravement leur devoir : le capitaine ORSINI,
les lieutenants DEPIERRE et JEANNY, le sous-lieutenant CAVEYE ; nombreux aussi
furent les officiers blessés.
Comptant aller prendre un repos loin en arrière, le 99e descend des lignes.
Mais il n'en est rien ; il reste à proximité du combat. De durs
moments lui sont encore réservés.
Le 99e régiment d'infanterie aux affaires de l'Aisne
Le 19 octobre au matin, à nouveau nous sommes en position de soutien
d'une attaque menée par une autre division. Le 20 octobre, le régiment
opérant à son compte relève dans le secteur de Gomont.
Il y subira d'abord une violente contre-attaque.
Les difficultés de la relève augmentée de l'indécise
absolue où l'on se trouve sur la véritable situation des troupes
à relever, la faiblesse de nos effectifs ont singulièrement facilité
la tâche de l'ennemi que nos tirs de barrage n'ont pas contrarié.
En effet, le tir de C.P.C. demandé à maintes reprises ne s'est
pas déclanché devant notre front.
L'offensive est reprise. Pas de résultat tout d'abord, d'où une
période de stabilisation au cours de laquelle il est décidé
de reprendre l'opération sur de nouvelles bases et avec d'autres moyens.
L'ennemi se tient sur ses gardes, réagit par des tirs d'artillerie très
nourris sur l'arrière, gênant ainsi les ravitaillements. Le 24
dans l'après-midi, l'artillerie commence ses tirs pour l'ouverture des
brêches dans les réseaux.
Le 25 octobre l'attaque est reprise ; de nombreux tirs de mitrailleuses, des
obus toxiques en quantité rendent la progression difficile. Néanmoins,
le 3e bataillon atteint la fameuse ligne Hunding Stellung. La 11e compagnie
sous le commandement du lieutenant SABINEU qui a conquis son premier objectif,
poursuit la lutte sur la position-objectif assignée à nos voisins.
Elle en réduit les occupants, fait plus de deux cents prisonniers, capture
un important matériel dont un canon de 77 mm avec ses servants et plusieurs
mitrailleuses. Cette action de la 11e compagnie dégage le front du régiment
voisin qui peut enfin atteindre son objectif. le lieutenant SABINEU reçut
la Légion d'Honneur et la compagnie fut citée à l'ordre
de la division dans les termes suivants :
Ordre de la division N°90 du 16 novembre 1918 :
Le général MADELIN commandant la 28e D.I. cite à l'ordre
de la division la 11e compagnie du 99e R.I.
"Chargée d'attaquer une importante position ennemie fortement défendue
par des troupes d'élite, munies de nombreuses mitrailleuses, a, sous
les ordres du lieutenant SABINEU, abordé la position avec un entrain
admirable, s'en est emparé après une violente lutte corps à
corps et à la grenade et fait environ 200 prisonniers. A capturé
également un canon de 77 avec ses huit servants et un important matériel
dont plusieurs mitrailleuses."
Signé : MADELIN
Le 26 l'attaque continue, le 27 dès huit heures on signale un calme
anormal dans le secteur ; nos hommes peuvent se montrer sans recevoir des coups
de feu.
Des reconnaissances sont aussitôt poussées en avant ; elles ne
rencontrèrent d'abord pas de résistance mais l'ennemi n'est pas
loin. En fin de journée, il opposera une vive résistance.
La progression se poursuit mais très dure, souvent homme par homme. Chacun
fait preuve d'un courage, d'une énergie et d'une endurance au-dessus
de tout éloge. Néanmoins le régiment est presque à
bout. Son effectif est excessivement réduit et ses hommes harassés.
Le 30 octobre, à 18 heures, la 5e compagnie al'effectif de 27 hommes
sous le commandement du lieutenant RAGE, s'est emparée du bois Marteau
et fait une centaine de prisonniers. Cette position fut reprise par l'ennemi
le soir de cette même journée vers 20 heures. Le 31, la 6e compagnie
renforcée de deux sections d'infanterie coloniale, commandées
par le lieutenant REYNES, réattaquera à 4 heures du matin, s'empare
du bois Marteau et fit plus de 100 prisonniers dont trois officiers. Le 2 novembre
1918, au matin, le 99e va au repos. Pendant quatorze jours, en dépit
de ses pertes et de la fatigue des hommes dont la majeure partie a été
plus ou moins intoxiquée par les gaz, il n'a cessé un seul instant
de harceler et de presser l'ennemik, le contraignant à la retraite dans
un secteur d'importance vitale, lui capturant plus de 400 prisonniers, ainsi
qu'un matériel considérable. Par des manoeuvres bien ordonnées,
il a facilité la progression des unités voisines.
Au cours de toutes ces affaires, le 99e joua un grand rôle. La citation
qu'obtint le lieutenant-colonel à la suite de ce séjour montre
bien qu'elle fut l'importance vitale de ce rôle.
Extrait de l'ordre général N°446 :
Le général commandant la 5° Armée cite à l'ordre
de l'Armée :
"BORNE, Jean-François Victor, lieutenant-colonel commandant le 99e
R.I.
Chef de corps d'un moral très élevé et d'un courage hautement
affirmé. Au cours d'une période très dure de combats du
20 octobre au 1er novembre 1918, a exercé une action puissante sur ses
unités qui, quoique très éprouvées par des pertes
journalières et par les effets dépriments de violents bombardements
continus par obus toxiques, ont conquis les objectifs qui leur étaient
assignés, faisant de nombreux prisonniers, s'emparant d'un très
important matériel. Quoique sérieusement atteint lui-même
par les gaz qui n'avaient pas épargné son entourage presque tout
entier évacué, a tenu à assurer seul un lourd commandement
dans des circonstances les plus pénibles."
Signé : GUILLAUMAT
En résumé, le rôle du 99e pendant la grande guerre fut
digne des traditions de son glorieux passé, digne de cette Croix de la
Légion d'Honneur conquise par nos aînés.
De l'Alsace à l'Yser on l'a vu sur tout le front donnant partout l'exemple
pour sa bonne tenue et sa discipline au cantonnement, son ardeur et son entrain
dans l'attaque, son énergie et sa ténacité poussées
jusqu'au sacrifice dans le défense.
Au début de la campagne, dans les Vosges, après les premiers succès,
sa résistance à la contre-offensive allemande à Rothau,
à Bellefosse, à Saluxures, ralentit celle-ci et évite de
plus grands désastres.
Dans la Somme il contribue à fixer le front ennemi.
En Champagne, son action combinée avec celle du 30e est un des épisodes
les plus glorieux et les plus féconds de la grande bataille du 25 septembre
1915.
En 1916, à Verdun, pendant 10 mois, il prendra part à la plus
grande bataille de tous les temps et son rôle sera prépondérant
le 7 mai à Thiaumont et le 1er août à la Laufée.
En 1917, revenu dans la Somme, il prend part à l'offensive sur Saint-Quentin
et talonne l'ennemi jusqu'aux portes de cette ville. La même année
en mai-juin, au Chemin des Dames, il oppose d'une façon invincible sa
ténacité à la ruée de l'ennemi et les 23 et 25 octobre,
il obtient dans la bataille de la Malmaison des résultats d'une importance
capitale.
En 1918, en Belgique au Kemmel, après avoir aidé puissamment à
arrêter la panique anglaise, il sauve la situation en interdisant à
l'ennemi le passage vers la mer.
La même année, en juin, sa contre-offensive reprend la côte
240, clef de la position de la Montagn de Reims, et la tenant, enraye définitivement
la ruée boche sur ce point.
Dans la suprême offensive alliée de l'automne 1918, le régiment
reste fidèle à son passé. Son énergie et son endurance,
son opiniatreté après avoir ouvert dans la ligne Hunding Stellung,
dernière ligne de résistance allemande, une brèche par
où passeront ainsi les unités voisines, ne laisseront aucun répit
à l'ennemi, contribueront à amener chez celui-ci l'épuisement
qui le décidera enfin à demander grâce le 11 novembre.
Après cinq années de la plus terrible guerre de tous les temps,
le 99e a donc le droit de dire qu'il a bien mérité de la Patrie
et qu'il s'est montré une fois de plus, digne des éloges qui lui
furent décernés en 1864 par l'ordre adressé à l'armée
par le maréchal commandant en chef, et que nous sommes fiers de rappeler
ici :
"Que les soldats de ce brillant régiment rentrent dans notre chère Patrie fiers de leur conduite et de leurs succès. Quelles que soient les ovations qui les attendent, elles ne pourront être à la hauteur de leurs exploits."
Liste des officiers morts au champ d'honneur
Combats des Vosges :
Lieutenant-colonel Claude MARTINET, 24 août 1914, Saulxures
Commandant Louis GAULIER, 21 août 1914, Rothau
Commandant Daniel SOUBEYRAND, 24 août 1914, Saulxures
Capitaine Dominique SAINT-UBERY, 21 août 1914, Rothau
Capitaine Jacques AVRIL, 24 août 1914, Saulxures
Capitaine Georges VERNET, 29 août 1914, Saint-Dié
Lieutenant Frédéric LIBARELLI, 24 août 1914, Saulxures
Lieutenant Victor PONCET, 25 août 1914, Senones
Lieutenant Jean-Marie DUPASQUIER, 2 septembre 1914, Rougiville
Sous-lieutenant Victor CARRERE, 21 août 1914, La Broque
Sous-lieutenant Charles LOIDREAU, 21 août 1914, Rothau
Sous-lieutenant Louis D'AVIAU DE TERNAY, 24 août 1914, Saulxures
Sous-lieutenant Pierre FIDELLE, 24 août 1914, Saulxures
Sous-lieutenant Joseph PRIEZ, 24 août 1914, Ménil de Senones
Sous-lieutenant Paul DOMINICI, 9 septembre 1914, col du Haut-Jacques
Combats de Picardie :
Lieutenant-colonel Isidore ARBEY, 26 septembre 1914, Herleville
Capitaine Claude FURTIN, 28 septembre 1914, Harbonnières
Capitaine Félix FONTAN, 19 décembre 1914, Villers-Bretonneux
Capitaine Paul DREYFUS, 10 mai 1915, Frise
Lieutenant Albéric ROUMANTEAU, 25 septembre 1914, Herleville
Lieutenant Jean DE VILLE DE TRAVERNAY, 25 septembre 1914, Herleville
Lieutenant Louis ROBIN, 27 septembre 1914, Foucaucourt
Sous-lieutenant Charles BARD, 21 octobre 1914, Foucaucourt
Sous-lieutenant Marius MILLET, 28 novembre 1914, Fontaine-lès-Cappy
Sous-lieutenant Pascal MISTRAL, 8 février 1915, Fontaine-lès-Cappy
Combats de Champagne 1915 :
Capitaine Jean BERGER, 30 septembre 1915, Perthes
Capitaine Jules RAYMOND, 21 septembre 1915, Perthes
Lieutenant Jean MANNAZ, 28 septembre 1915, Perthes
Sous-lieutenant Noël SOUCHIER, 21 septembre 1915, Somme-Suippes
Sous-lieutenant Marc BLACHERE, 25 septembre 1915, Perthes
Sous-lieutenant Louis DREVON, 25 septembre 1915, Perthes
Sous-lieutenant Paul FAUGIER, 25 septembre 1915, Perthes
Sous-lieutenant Aimé PAYAN, 29 septembre 1915, Perthes
Mission auprès des prisonniers français internés en
Suisse :
Lieutenant Armand BELLISSEN, 7 octobre 1915 (maladie), Berne
Combats de Verdun :
Lieutenant Adrien BORCIER, 29 avril 1916, Verdun
Lieutenant Jean MARQUE, 30 avril 1916, Verdun
Lieutenant Jean DUPERRAY, 7 mai 1916, Thiaumont
Lieutenant Raoul VALLET, 7 mai 1916, Thiaumont
Sous-lieutenant Gilbert MAYOUX, 23 avril 1916, Thiaumont
Sous-lieutenant Jean-Baptiste ARDIET, 24 avril 1916, Thiaumont
Sous-lieutenant Nicolas WERLHE, 24 avril 1916, Thiaumont
Sous-lieutenant Jean MARQUET, 30 avril 1916, Vadelaincourt
Camp de Tannois :
Sous-lieutenant Auguste MARIO, 18 juin 1916 (accident de grenades), Tannois
Combats des Côtes de Meuse et la Laufée :
Capitaine Jean DE MALEZIEU, 1er juillet 1916, Moulainville
Sous-lieutenant Pierre VINCENT, 1er août 1916, La Laufée
Sous-lieutenant Maurice MEYER, 10 décembre 1916 (maladie), Chaumont
Combats du repli Hindenburg :
Lieutenant Jean RICHARD, 4 avril 1917, Ham
Sous-lieutenant Raoul GALLIN, 25 mars 1917, Castres
Combats du Chemin des Dames :
Capitaine Charles FABRE, 11 mai 1917, Cerny
Capitaine Jean KLEBER, 11 mai 1917, Cerny
Lieutenant François AURRAN DE SANCY, 23 mai 1917, Oeuilly
Sous-lieutenant Armand CHAMPAGNAC, 11 mai 1917, Cerny
Sous-lieutenant Hippolyte JACQUEMIN, 13 mai 1917, Cerny
Sous-lieutenant André MEYGRET-COLLET, 11 mai 1917, Cerny
Sous-lieutenant Auguste ROUDET, 20 mai 1917, Cerny
Combats de la Malmaison :
Lieutenant Eugène BARLES, 23 octobre 1917, Laffaux
Lieutenant Maurice RAYNAUD, 23 octobre 1917, Laffaux
Sous-lieutenant Joseph SOGNO, 23 octobre 1917, Laffaux
Combats du mont Kemmel :
Lieutenant Jean-Louis CHAPUIS, 17 avril 1918, mont Kemmel
Sous-lieutenant Jérôme GOUDIN, 25 avril 1918, mont Kemmel
Sous-lieutenant Camille GAURANT, 25 avril 1918, mont Kemmel
Combats de la Montagne de Reims :
Commandant Marius FOURQUET, 10 juin 1918, Sézanne
Capitaine Jacques OLCHANSKY, 6 juin 1918, Louvois
Lieutenant Louis PEYRASSOL, 31 mai 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Georges BRUN, 30 mai 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Charles CORNAND, 30 mai 1918, Villers-Allerand
Sous-lieutenant Augustin GUERARD, 30 mai 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Jules DEFOURNEL, 31 mai 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Paul FANGEAT, 31 mai 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Gustave MARINET, 9 juin 1918, Vrigny
Sous-lieutenant Joseph BERNARD, 13 juin 1918, Vrigny
Secteur de Lorraine :
Lieutenant Léon GRANCOURT, 18 juin 1918 (maladie), Lunéville
Sous-lieutenant Jacques DE MILLY, 27 juillet 1918, Emberménil
Combats de Champagne :
Capitaine Quilgus ORSINI, 1er octobre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Lieutenant Claude DEPIERRE, 1er octobre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Lieutenant Charles JEANNY, 13 octobre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Lieutenant Victor ROUSSEAU, 2 octobre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Sous-lieutenant Georges FONDIMARE, 26 septembre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Sous-lieutenant Maurice CAVEYE, 1er octobre 1918, Sainte-Marie-à-Py
Combats de l'Aisne :
Lieutenant Camille CHARLES, 23 octobre 1918, Bergnicourt
Lieutenant Paul FRANCOU, 30 octobre 1918, Herpy-l'Arlésienne
Sous-lieutenant Albert GUERIN, 26 octobre 1918, Gomont
Sous-lieutenant Etienne LE GUERN, 27 octobre 1918, Gomont
Sous-lieutenant Ludovic RAMPAL, 30 octobre 1918, Gomont
Sous-lieutenant Charles THIEBAUT, 4 novembre 1918, Herpy-l'Arlésienne
De retour de camp de prisonniers :
Sous-lieutenant Paul MOLLINGAL, 8 octobre 1920