Lettres de guerre 1917 - 1918
de Joseph BEGON

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Du mont Kemmel à la Champagne

Le 5 mai 1918

Chère sœur,
Je répond à ta lettre que j'ai reçu hier au soir avec grand plaisir, surtout d'apprendre que tu es toujours en très bonne santé, quant à moi je vais toujours très bien.
Tu me demandes si Baronnet s'est lui aussi sorti de ce carnage, oui lui aussi il a eu la veine de s'en sortir, mais c'est aussi pas sans peine, car tu sais ça a bardé 5 minutes. Jamais de ma vie j'avais vu pareille chose et cependant je croyais en avoir bien vu, mais ce n'était rien à coté de cela. Mais je m'en suis sorti quand même, j'ai trop de chance de m'en être tiré à si bon compte, enfin maintenant c'est passé, il faut plus y penser.
(ci-ontre, photo d'un groupe de soldats du 99e R.I., Joseph Bégon est marqué d'une croix)
Tu me dis que Pierre était parti mais qu'il est revenu, il vaut bien mieux comme ça, au moins tant qu'il sera à Lyon il sera en sûreté. Et puis prend patience, maintenant la guerre va bientôt finir et ton petit mari va te revenir et tous les trois heureux vous allez vous trouver, car tu le vois bien, c'est pas toutes les jeunes femmes qui pourront revoir leur mari malheureusement. Tu me dis que vous avez aussi un mauvais temps, je crois que c'est général. Pendant tout notre séjour en Belgique on a eu la pluie ou la neige et un froid…
Je ne vois pas grand chose à te dire pour aujourd'hui, en attendant le grand plaisir de recevoir de tes nouvelles.
Je t'envoie mes plus doux baisers, ton frangin qui pense toujours à toi.

J Begon

Le 9 mai 1918

Chère sœur C'est avec grand plaisir que je répond à ta lettre, je suis heureux d'apprendre de tes bonnes nouvelles et surtout de te savoir toujours en très bonne santé, quant à moi pour le moment je vais toujours bien et nous sommes toujours au repos. On n'a pas encore reçu de renfort, ça nous permettra peut-être de rester quelques jours de plus au repos, tu sais le temps ne dure pas d'en partir. Tu me dis qu'Adrien marche avec nous, non je crois pas car jamais j'ai vu ce régiment-là. Avec nous c'est le 114 lourd qui marche, s'il se trouvait en Belgique c'est possible qu'il ai pu voir de mon régiment, avec la pagaille qu'il y avait, il en courait de partout. Maintenant on touche assez du tabac, en descendant des tranchées je pensait bien en envoyer à Pierre, j'avais une dizaine de paquets de gros dans mon sac, mais j'ai plus trouvé ni sac ni tabac. Si les permissions n'avaient pas été supprimées quand j'était en Belgique, j'aurais fait une provision car il était bien meilleur marché qu'en France et il y en avait davantage, mais comme on est assez chargé et qu'il faut tout porter on laisse beaucoup de chose.
Maintenant tu me dis que vous avez la carte de pain, ça c'est rien, si seulement la guerre pouvait finir on s'en contenterait bien de leur carte. Enfin il faut bien espérer qu'elle durera pas toujours.
Pas grand chose à te dire pour aujourd'hui, je te quitte en bonne santé, j'espère que ma lettre te trouvera de même ainsi que ta petite fille, tu l'embrasseras pour moi.
Ton frangin qui t'aime et pense souvent à toi et qui t'envoie malgré la distance ses plus doux baisers

J Begon

Le 6 juin 1918

Chers beau frère et sœur Je réponds à votre lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir car il y avait quelques jours que j'avais pas eu de vos nouvelles. Comme je vois vous êtes toujours tous en bonne santé quant à moi pour l'instant je vais aussi toujours très bien. Mais maintenant , voilà déjà quelques jours qu'on est en ligne et la relève ne vient pas vite, on a passé deux ou trois jours tranquilles, mais aujourd'hui, les boches leur folie leur a repris, aussi c'est pas le filon. Au sujet de ce Peyret de la Mûre qui est à la 6ème je le connais très bien , je savais qu'il était de la commune de Périgneux , mais je croyais pas qu'il habite aussi près du Mont. Comme tu me dis qu'il connaît, si il veut à ma prochaine perme je pourrai aller voir sa femme. Avant-hier j'ai reçu des nouvelles d'Adrien, il me disait qu'il était toujours en Belgique vers le Mont Kemmel, mais que maintenant c'est un peu plus tranquille, il était toujours en bonne santé. ……
Pas grand nouveau à vous dire pour aujourd'hui.
En attendant le plaisir de recevoir de vos nouvelles, recevez mes meilleures amitiés

J Begon

Le 10 juin 1918

Chers beau frère et sœur
Deux mots pour vous donner de mes nouvelles pour le moment je suis toujours en très bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même à son arrivée. Pour le moment on est toujours en ligne, on pensait être bientôt relevé, mais on ne l'est pas souvent et maintenant on reste une poignée, c'est honteux, je me demande comment qu'on tient si longtemps, enfin espérons que la relève viendra bientôt quand même. Dans une de tes lettres tu me demandais si je connaissais pas un nommé Peyret agent de liaison, si je le connaissais très bien, mais jamais on s'était bien fréquenté. Je te dirais aussi qu'il a été blessé hier matin mais je ne sais pas la blessure qu'il a, je crois que c'est rien, ça lui permettra juste quelques jours de repos et une permission. Jusqu'à présent on était encore quelques uns qu'on ne s'était pas quitté, mais cette fois je reste seul, mes camarades sont évacués et quelques uns ont été fait prisonniers. Il y a quelques jours j'ai toujours pas de nouvelles de Baronnet mais j'espère qu'il va bien lui aussi, sa compagnie a beaucoup de pertes mais en blessés.
J'avais promis d'envoyer du tabac à Pierre, j'en ai bien trouvé, une fois que j'ai eu fait ma provision il a fallu monter en ligne et je n'est pas eu le temps aussi maintenant je ne peux l'envoyer, mais aussitôt au repos je ferai mon possible pour en envoyer.
Rien de nouveau à vous dire pour aujourd'hui.
En attendant le grand plaisir d'avoir de vos bonnes nouvelles, recevez mes meilleures amitiés.

J Begon

Le 11 juin 1918

Chers beau-frère et sœur Je viens à vous un instant pour vous donner de mes nouvelles, pour le moment je suis toujours en très bonne santé et j'espère que ma lettre vous en trouvera tous de même. Je vous dirai aussi qu'on est relevé ce soir. Tout de même, vous voyez ce n'est pas trop tôt car on en a bien marre. C'est les Italiens qui nous relèvent. Cette fois on y comprend rien plus, nous sommes tous mélangés, Français, Anglais, Italiens, Américains, tous marchent ensemble, aussi si vous voyiez cette pagaille, par moment c'est à rien y comprendre. Pas grand chose à vous dire pour aujourd'hui, en arrivant au repos je vous écrirai.
En attendant le plaisir de recevoir de vos nouvelles, recevez mes meilleures amitiés.

J Begon.

Le 12 juin 1918

Chers sœur et beau-frère Je vous disais hier qu'on allait être relevé, en effet le soir même, les Italiens sont venus prendre notre place et aujourd'hui on est déjà pas mal à l'arrière car depuis 3 heures du matin qu'on marche on est arrivé à 7 heures. Et tu peux me croire qu'on en avait marre, mais quand même quand c'est pour aller à l'arrière, on marche avec de la meilleure volonté.
Aujourd'hui j'ai appris vaguement que Baronnet avait été blessé mais je ne sais pas si c'est grave, j'espère que non, mais qu'il en a assez pour passer la fin de la guerre à l'arrière, car je crois que nous sommes encore pas au bout de nos peines.
Aujourd'hui j'ai aussi vu le beau frère de Peyret qui est dans l'artillerie (1), justement il le cherchait et il s'est juste adressé à moi.
Pas grand chose à vous dire pour aujourd'hui, je vous quitte en bonne santé, j'espère que ma lettre vous trouvera de même.
En attendant de vos nouvelles, recevez mes meilleures amitiés.

J Begon

Le dix juillet 1918

Chère sœur Que dois-tu penser de moi que je ne t'écris pas plus souvent car voilà quelques jours , tu ne dois pas avoir souvent de mes nouvelles, mais j'espère que tu me pardonneras. Maintenant je te dirai qu'on est au repos pour deux jours, car on fait 2 jours de repos, 6 en réserve et 6 en ligne. Malgré que ce soit très tranquille, c'est assez pénible car il y a beaucoup de surveillance. Maintenant j'espère partir en permission d'ici une quinzaine de jours, à moins qu'elles soient arrêtées de nouveau.
Je ne vois plus grand chose à te dire pour aujourd'hui, je te quitte en bonne santé, j'espère que ma lettre te trouvera de même.
Reçois mes meilleures amitiés.

J Begon

Le 10 septembre 1918

Chère sœur
Deux mots pour te donner de mes nouvelles et te dire que pour notre déplacement on a fait bon voyage et maintenant nous sommes dans la Marne mais dans un triste pays, on y trouve absolument rien. Si on veut quelque chose il faut qu'on fasse 11 kilomètres, alors tu vois à peu près le goût qu'on peut bien avoir, aussi ça enlève guerre le cafard, enfin il faut bien s'habituer partout. Voilà plus de huit jours qu'on a la pluie tous les jours, pour nous c'est un triste temps,encore nous on n'a pas à se plaindre ceux qui sont en ligne sont plus malheureux que nous.
Pas grand chose à te dire pour aujourd'hui, je te quitte en bonne santé, j'espère que ma lettre te trouvera de même.
Reçois toujours mes meilleures amitiés.

J Begon

Le 21 septembre 1918

Chère sœur Deux mots pour te donner toujours de mes bonnes nouvelles, seulement je ne sais si tu dois bien recevoir mes lettres car voilà 4 jours qu'on en reçoit pas. Si on ne ramasse pas les nôtres, pour qu'elles partent, on les donnent par là à travers, les territoriaux quand on en trouve, mais je ne sais pas si il les mettent toujours bien. Pour le moment on est toujours à l'arrière mais on s'est passablement rapproché, maintenant on attend les évènements, que tu vas voir, j'espère d'ici quelques jours, et je crois que ça ne va pas être ordinaire. C'est énorme le matériel qui se transporte. ……
Je te quitte en bonne santé.Reçois mes meilleures amitiés

J Begon

Le 23 septembre 1918 (Vraux)

Chères sœurs Deux mots pour vous dire que nous allons monter ce soir, on se rapproche seulement je pense, maintenant je crois que le jour s'approche qu' on doit attaquer, mais ne vous en faites pas , je vous tiendrai au courant. La vue que je vous envoie c'est où on vient de passer 3 jours bien tranquilles (voir ci-contre). Je vous quitte pour aujourd'hui. Recevez toutes deux mes plus doux baisers

J Begon

(1) Peut-être Baptiste PERRIN, né en 1897, canonnier au 113e régiment d'artillerie lourde

 

 

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