Lettres de guerre 1917 - 1918
de Joseph BEGON

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Portrait de Joseph BEGON par Marcelle PARET-RAYNAUD

Joseph Begon, mon grand oncle est né le 12 mars 1896 à Boisset Saint Priest (Loire), dans une famille de cinq enfants.
Orphelin de mère à trois ans, de père à 14 ans, il exerce la profession de charcutier au début de la guerre.
A compter du 9 avril 1915, il est incorporé à la 14ème section d'infirmier militaire à Lyon.
Ensuite il est affecté au 99ième Régiment d'Infanterie, 5ème compagnie, le 21 juillet 1916 comme soldat 1ère classe .
Il est blessé à la tête le 19 mai 1917, au chemin des dames. Il reçoit sa première citation à l'ordre de la division en juillet 1917. En avril 1918, il est cité à l'ordre du régiment pour sa conduite pendant la période du 7 au 22 avril 1918 au Mont Kemmel. Il est alors fusilier mitrailleur.
Sa lettre du 15 mai 1918 indique qu'il est signaleur 2ème classe.
Il sera tué le 1er octobre 1918 à Sainte Marie à Py au cours de l'offensive en Champagne. Il avait 22 ans.
Il écrivait assez souvent à sa sœur, ma grand mère paternelle, pour la rassurer sur sa santé car les permissions étaient rares et souvent annulées ou reportées. Il donnait également des nouvelles des connaissances qui étaient au front avec lui.

Camille BEGON et Célestine CHASSAGNEUX ont eu 5 enfants : Maria, M.-Antoinette, Adèle, Joseph et Marie.
M.-Antoinette s'est marié avec Pierre RAYNAUD et a eu 3 enfants : M.-Andréa, Joseph et Paul.
Paul s'est marié avec Anna D. et a eu 3 enfants : M.-France, Marcelle PARET-RAYNAUD et Annie.

De la Somme au mont Kemmel

Le 15 décembre 1917

Chère sœur, Deux mots pour te donner de mes nouvelles. Pour le moment, malgré le froid et le mauvais temps, je suis toujours en très bonne santé et j'espère que ma lettre te trouvera de même ainsi que ta petite fille à son arrivée.
Nous depuis quelques jours on était sur la droite de St Quentin, on faisait des travaux de défense de 2ième ligne, mais on a fini.
Maintenant on va changer d'endroit et demain on embarque en chemin de fer pour une destination inconnue. Il paraît qu'on aurait deux jours de chemin de fer, c'est preuve qu'on va aller assez loin et il y aura bien des étapes à pied, enfin j'espère que notre voyage se passera assez bien quoiqu'on ne va pas avoir trop chaud surtout dans des wagons à bestiaux aussi fermé que dans une boîte à sardine.
Je vais rester quelques jours sans t'écrire, mais à mon arrivée je t'écrirai où je suis.
Pas grand chose à te dire pour aujourd'hui.
En attendant le plaisir d'avoir de tes nouvelles, reçois mes meilleures amitiés.
(ci-dessus, photo d'un char Saint-Chamond déchenillé, prise lors de l'offensive de la Malmaison en octobre 1917. C'est le cliché souvenir classique du poilu, voir Anselme CHARPENEL.)

J Begon

Le 23 avril 1918

Chère sœur, Voilà plusieurs jours que tu es sans nouvelles de moi tu, dois te demander ce que je deviens. Pour le moment je suis toujours en très bonne santé, j'espère que ma lettre te trouvera de même.
Je te dirai que nous on vient de passer quelques bien mauvais jours, heureusement qu'on y est pas resté longtemps car on reverrait personne. Enfin encore pour cette fois , je m'en suis sorti sans trop de mal, j'espère que pour l'avenir il en soit de même. Mais tu sais, plus ça va plus ça devient terrible.
Avant hier, j'ai reçu deux lettres de toi, une du 6 l'autre du 11,elles m'ont fait bien plaisir. J'en ai reçu une de Pierre, il me disait qu'il était toujours à Lyon, si il pouvait y rester il serait bien mieux.
Pas grand chose à te dire pour aujourd'hui, je t'écrirai maintenant presque tous les jours car tant qu'on est à l'arrière, j'ai le temps.
Je te quitte pour aujourd'hui, reçoit mes meilleurs amitiés.
Ton frangin qui t'embrasse bien fort.

J BEGON

Le 29 avril 1918

Chère sœur Deux mots pour te donner de mes nouvelles, et te dire que j'ai reçu ton colis que tu m'as envoyé, hier. Je te remercie beaucoup, mais tu n'as pas besoin de m'en envoyer car ça doit te faire du dérangement surtout que maintenant tu ne doit pas avoir beaucoup de temps.
Maintenant je te dirai que nous sommes au repos et on pense aller encore plus à l'arrière un de ces jours, on a bien besoin qu'ils nous donnent un peu de repos car on est fatigués, tous. Voilà plus de quinze jours qu'on a pu se reposer seulement une demi nuit tranquille. Jamais, depuis que je suis au front je m'en était tant vu, pourtant je croyais avoir tout vu, mais je crois que non, plus ça va, plus c'est terrible.
Pendant notre séjour en Belgique, on était au Mont Kemmel, si tu as vu les journaux, tu as du sûrement voir ce non là. Encore aujourd'hui d'où nous sommes, on entend de ce côté-là un fort bombardement. Enfin pour nous je crois que c'est finit, j'espère bien que maintenant on va nous laisser quelques jours au repos et après aller où c'est plus tranquille.
Pas grand chose à te dire pour aujourd'hui, je te quitte en bonne santé, j'espère que ma lettre te trouvera de même.
En attendant le grand plaisir de recevoir de tes nouvelles, reçoit mes meilleures amitiés.
Ton frangin qui t'embrasse.

J Begon

Le 15 mai 1918

Chère sœur Deux mots pour te donner de mes nouvelles, pour le moment je suis toujours en très bonne santé, je désire que ma lettre te trouvera de même .
Maintenant nous on a changé d'endroit, on est toujours dans la Marne, mais cette fois on est en pleine Champagne Pouilleuse.
Nous sommes en plein dans la brousse, et puis il y fait une chaleur écrasante et on a pas seulement une ronce pour se mettre à l'ombre, aussi toute la journée on sue. Encore moi je n'ai pas à me plaindre, aujourd'hui je suis descendu à la ? ? on est logé dans des maisons où on a au moins de l'ombre. J'espère qu'on m'y laissera quelques jours. Maintenant je suis passé signaleur de 2de aussi je suis plus tranquille, je n'ai rien à faire pour le moment. Baronnet m'a quitté, il est passé à la 3ième Cie Mitrailleuse. Maintenant j'espère partir en permission vers la fin juin et cette fois je vais y aller pour 12 jours, j'ai eu une autre citation au régiment, mais cette fois ils m'ont pas fait mon droit, aussi va c'est fini pour maintenant. T'en fait pas, j'ai pu avoir une place tranquille c'est tout ce qu'il me faut.
Je te quitte pour aujourd'hui, en attendant le plaisir de recevoir de tes nouvelles, reçois mes meilleures amitiés.

J Begon 99ième R.I. 5ième Cie S.P. 115

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