Journal de la Guerre 1914 1918
d'un ubayen :
Anselme CHARPENEL

Page d'accueil

Année 1915

29/1 : départ pour le front : Livron, Veynes, Gap.

30/1 : habillé à neuf

2 /2 : en route à nouveau : Veynes, Livron

3 /2 : Meximieux (Rhône) cantonnés dans un ancien couvent

6 /2 : revue du général Commandant la place au camp de la Valbonne. Formation d'un bataillon de marche.

11/2 : départ : Lyon, Dijon, Paris, Beauvais, Amiens, Villers-Bretonneux (Somme)

14/2 : pénible voyage dans des wagons à bestiaux

15/2 : 30 kms à pieds sous un orage qui nous arrose à fond. Morcourt (Somme) 6 kms des lignes. Nous y faisons les cantonniers journellement sauf quelques jours de manœuvre en général sous la pluie.

7/3 : départ pour les tranchées ; enfin, nous allons voir ce que sont ces tranchées ; départ 18 h. nuit très noire. Au loin les fusées montent au ciel éclairant des kilomètres à la ronde. Quelle marche ! Il faut passer courbés jusqu'à terre sous des ponts ; la boue jusqu'à mi-mollets. 21 h. : nous voilà enfin à destination tous mouillés de transpiration. Relève des sentinelles, je suis 1er de l'escouade. Mon prédécesseur me dit : " Les boches sont dans cette direction, baisse-toi lorsqu'il y a des fusées. " Me voilà seul au milieu d'un silence complet dans une tranchée d'un mètre et demi de profondeur durant deux heures, guettant au loin tout en grelottant de froid. 23h. la relève, je trouve les camarades dans un trou à terre de 2 mètres sur 1 m 50, 0,80 de haut. Ils sont trois là, grelottant comme moi. Je m'endors dans le calme complet, pas d'obus. Trois jours se passent ainsi, chacun a tiré ses 200 cartouches, tout comme à la cible, mais pas de réponse adverse.

11/3 : Les boches en ont assez de nous entendre tirer, contrairement à nos prédécesseurs qui ne tiraient jamais. 11h. : je suis de garde, ban ! bing ! jiou ! jiou ! de toutes parts. Chacun s'alarme, attaque, attaque ! " tous au créneaux ! " dit le lieutenant. 12h. : une grande détonation qui me bouleverse tout. C'est une bombe à tringle qui est tombée à un mètre de moi ; sa tringle vient me traverser le bras. Vite au poste de secours ; pansement, repos jusqu'au soir. La fièvre s'empare de moi. Je demande à rester jusqu'à demain au soir, jour de la relève.
Inscrit au Journal de marche du 99ème R.I. : "Le soldat Charpenel Anselme est blessé et évacué (15ème Cie)".

12/3 : 18h. :départ pour le repos, mon bras enflé.

13/3 : Le lieutenant m'oblige à aller à la visite ; évacué sur Harbonnières 4 kms en auto.15 jours sont passés ; je suis occupé à faire des cloisons en bois pour l'hôpital.

5/4 : départ Amiens, Beauvais

6/4 Paris, Bourget ; Melun, Nogent.

7/4 : Troyes je me renseigne où est mon bataillon

8/4 : Soudron (Aube). Voici mon frère, mes camarades ; retour à mon ancienne escouade Quelques belles parties de campagne.

20/4 : Troyes, Vitry-le-François, Chalons sur Marne, Ste Menehould, Verdun (voir ci-contre)

21/4 : Dieue (Meuse)

22/4 : 6 kms Monthairons le Petit. Le canon gronde très fort au loin, 5 jours de repos, je fais la cuisine pour la section.

26/4 : 9h. : alerte dans deux heures. 11h. en route, Villers-sur-Meuse, traversons la Meuse, marche très pénible, chaleur étouffante 30 kms. Passons la nuit sous bois, sans abri. Chacun a 250 cartouches, nous attaquerons un village à l'aube.

27/4 : pas d'attaque, 18h. départ : 10 kms sans encombre, 2 kms sous quelques rafales d'obus. 19h. carrefour des Eparges. Le long d'une route, chacun fait son trou pour s'abriter. La nuit passe ainsi sans sommeil.

28/4 : le bombardement redouble. 6h., j'entends le fracas d'une attaque, nous voulons reprendre la tranchée de Calonne. 8h. : pas de résultat ; les boches bombardent tout le long de notre route ; un obus vient de faire sauter un camarade à 10 mètres, il est mort. Journée mémorable pour la 1ère de combat. 6 journées se passent ainsi, le ravitaillement vient le soir ; attaque tous les matins par une nouvelle division. Nous sommes là au cas où les 1ères lignes percent.

3/5 : relève, 5kms.Plateau de Nouy. Nous voilà dans un bois. Chacun se fait un abri pour la pluie et pour le repos de la nuit qui s'annonce.

4/5 : Nous sommes versés au 67ème régiment d'infanterie dont il ne reste que les 2/10ème. Quatre jours de repos ainsi. Nos nuits se passent à faire des tranchées de soutient.

9/5 : Monthairons le Grand. Repos bien mérité faisant connaissance de nos nouveaux chefs et camarades. Parties de pêche, cueillette de pissenlits etc.

29/5 : en route pour les lignes. 19h. bois du Calvaire, nous sommes en réserve faisant des travaux jusqu'au 29/5. 21h. : départ. 25kms. Rupt, village tout démoli, il reste pourtant quelques maisons intactes. Nos journées sont passées dans un bois avec beaucoup de tranquillité. Nous abandonnons le village la journée ; les avions y viennent lancer des flèches.

12.6 : départ pour Amblonville en réserve à 5 kms des lignes. Il faut être prêts à la moindre alerte.

28/6 : Rupt. Auguste est évacué ayant de la fièvre. Repos, nous faisons des grillages en osier pour les tranchées ; travail très intéressant dans une forêt toute souriante .

3/7 : Nous voilà en 1ère ligne, le secteur est calme. Tout sous bois ; les boches sont à 800 ms de là. Je couche sur le parapet de la tranchée ma toile de tente l'abrite, une planche me sert de matelas. Très souvent, je vais en patrouille jamais il m'arrive de voir un boche.

26/7 : Alerte, une fusillade intense se fait entendre de toute part ; les balles sifflent en passant. De nombreuses branches sont coupées par ces dernières ; ce n'est qu'une fausse alerte des boches. Mes nuits se passent 6h. au poste, 4 de garde dans la tranchée ; la journée 3h. de travail maniant la pelle.

30/7 : relève

31/7 : Monthairon-le- Petit

1/8 Rambluzin 15kms

2/8 : Erize-la-Grande le grand pays où les routes sont parsemées de pruniers. Le fruit est heureusement mûr.

3/8 : Erize-la-Grande St Dizier. Le régiment restera là pour se préparer à l'offensive. Les mois qui viennent de passer m'ont mis à bas.

12/8 : une angine se déclare.

13/8 : je suis évacué.

14/8 : me voilà à Seigneulles à l'infirmerie de la D.I

15/8 : la D.I se déplace, je pars pour Neufchâteau. Deux jours s'écoulent étant en observation.

17/8 : 5h. : une auto vient me chercher pour me conduire au train sanitaire. 8h. : départ :Paris, Dijon, ligne Bourbonnais. Chambery.

20/8 Grenoble. Hôpital de la Tronche. Un bon mois s'écoule, je suis très bien soigné, mes moments de loisirs se passent en aidant le jardinier.

24/9 Départ pour la caserne Bayard où je suis proposé pour 15 jours de convalescence.

25/9 c'est le jour de la grande offensive ; je pense à mon frère Léon qui y participera. Quelque chose me dit qu'il lui est arrivé un malheur. Pendant les 5 jours suivants, j'attends en vain des nouvelles. ( Note de Colette Bavoux: Mon père m'a dit que, soudain, il avait eu le pressentiment que son frère était mourant. Il a appris la nouvelle de la bouche de ses parents ).

30/9 18h. en route pour Certamussat c'est avec un grand plaisir que j'en prends le chemin, voilà quatre ans que je n'ai pas vu ce petit clocher pointu etc. (voir ci-contre)

2/10 Veynes Gap Jausiers Certamussat. Mon parrain a insisté inutilement pour me faire rester un jour avec lui. Combien l'on trouve son pays changé après quatre ans d'absence. Les montagnes paraissent avoir grossies, la maison paternelle n'a pas changée, seules ses voûtes sont plus basses. Chaque porte m'oblige à me baisser. Je n'ai pourtant pas grandi de la sorte. Voici ma mère, je la trouve aussi jeune qu'à mon départ, elle est seule à la maison. Toute la famille est au bois. D'un seul bond j'y cours, papa ! comme il a vieilli ! ses cheveux sont tous blancs, il a toujours la même ardeur au travail. Voici Delphine qui n'a pas changé ; où sont Joseph et Henri ? Tout à coup, je vois un grand jeune homme qui traîne du bois, son sourire me fait deviner que c'est Henri. En effet, le voilà plus grand que moi. Joseph qui le suit n'est plus un bambin comme je me le figurais ; le voilà bien taillé. Il a de la peine à me reconnaître. De retour au village, 18h. je trouve Madeleine qui faisait la bergère.

14/10 Le départ qui s'annonce m'attriste, je quitte mes parents en les encourageant sur le sort de Léon, mais je ne suis pas assez fort pour retenir mes larmes, malgré moi, je pars en sanglotant, au désespoir de mon bon père. Pendant ma route, je fais bien la résolution de ne jamais plus lâcher de larmes à mon départ pour pouvoir au moins consoler mes parents.

15/10 Gap : On ne veut pas de moi. Deux jours passent ainsi.

17/10 Je suis dirigé sur Vienne. 18/10 Après une visite, je suis déclaré inapte pour les armées.

20/10 Départ pour aller prendre la garde dans une usine à Chasse (Rhône). Nous sommes 12, un sergent. 8h. de garde par jour, un lit, nourriture excellente. Je travaille quelques heures par jour pour pouvoir faire mes frais. Un mois se passe ainsi. Je me remonte trop vite :

20 /10 :convocation à Vienne pour passer une visite. Apte, dit le major. Vite je vais demander ma permission au Commandant de la Cie

21/10 Départ pour dix jours ; Livron, Veynes, Gap, Le Sauze.

22/11 Barcelonnette en compagnie de Marie

23/11 Jausiers Certamussat : quatre beaux jours. Auguste y est en convalescence.

26/11 Jausiers.

27/11 Vienne à la Cie des inaptes jusqu'au 12/12

13/12 Départ pour le camp d'entraînement à Bollène (Vaucluse). J'y fais souvent l'école buissonnière en guise d'exercice ! …

23/12 Avignon, Arles, Marseille. Les fêtes de Noël se passent en compagnie de mon oncle Léon et de ma tante.

28/12 Retour à Bollène je suis désigné pour suivre un cours de téléphoniste-signaleur. Beau métier, adieu les marches et manœuvres, mes journées se passent en faisant 4h. d'exercices par jour.


Page d'accueil