Journal de la Guerre 1914 1918
d'un ubayen :
Anselme CHARPENEL

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Portrait d'Anselme CHARPENEL (1892-1980) par Colette BAVOUX, sa fille


Anselme CHARPENEL est né à Certamussat (1) le 24/06/1892 (mort en 1980), 6ème d'une famille de 15 enfants (voir ci-contre). Son enfance illustre bien la vie d'une famille de la vallée de l'Ubaye, puis celle d'un des émigrés au Mexique (2) , tous prêts à sacrifier leur vie pour défendre leur pays natal.

Chacun, dés le plus jeune âge, contribuait, à sa mesure, à la bonne marche des travaux. En conséquence, l'année scolaire était écourtée : Il y avait les bêtes à sortir, les labours, les semailles... Chaque printemps, la terre qui avait glissé au bas des champs très pentus était remontée à dos d'homme; les pierres apportées par les glissements de terrain provoqués par la neige étaient regroupées en clapiers; chaque famille devait à la commune un nombre de journées pour l'entretien des canaux d'irrigation et des chemins. Pour gagner quelques sous, Anselme participa au reboisement décidé par l'état pour réduire les éboulements au-dessus de la route dite "La Rochaille". Ce travail en terrain rocheux abrupt était si difficile qu'ils n'arrivaient à planter et arroser que 3 sapins par jour.


La vie d'Anselme fut dure mais il eut plus que le nécessaire; à chaque naissance était acheté ou défriché un terrain un peu plus haut.
Il fut témoin de l'amour unissant ses parents qui donnaient l'exemple de l'honnêteté, du travail, de la foi en Dieu qu'ils priaient en famille chaque soir.

L'entraide leur était naturelle. Il arrivait fréquemment qu'un grand soit détaché pour aider une veuve à charger sa charrette ou à battre son blé, ou qu'un petit porte de la nourriture à une famille dans le besoin. La porte du grenier à foin n'était jamais close pour accueillir les saisonniers qui, franchissant la frontière, cherchaient un gîte en pleine nuit. Tous ceux qui passaient : facteur, sage-femme, chaudronnier, curé...se voyaient offrir une place à table. La couturière, le cordonnier aussi étaient accueillis quand ils venaient habiller et faire les chaussures pour toute la famille, pendant un mois, deux fois par an.

Soucis, fatigue, peines ( 3 enfants morts en bas âge, une fille à 20 ans ) ne leur étaient pas épargnés, mais les enfants ont raconté leurs moments de bonheur tout simple :
Rigolades quand les petits faisaient des niches aux plus grands,
Chahut en faisant les devoirs d'école ( dans l'écurie pour avoir la chaleur des vaches ),
Veillées, parties de cartes,
Repas en altitude à la période des foins,
Fêtes de la St Jean, fêtes après avoir tué le cochon,
Veillées de Noël : La mère faisait les ravioles ou "coussinets de Jésus" cuits à grande friture qui disparaissaient sitôt sortis de la poêle,
Messe de Noël au cours de laquelle les voix s'élevaient pour chanter " Minuit chrétien "...

Connaître l'enfance d'Anselme CHARPENEL, mon père, permet de comprendre son langage réaliste, humain, son sens des valeurs.


Affectations d'Anselme CHARPENEL

6. 9.1914 : Incorporé au 157ème R.I.(Régiment d'Infanterie) de GAP à son arrivée du Mexique. Mise à l'entraînement car ayant émigré à 18 ans, il n'avait pas fait de service militaire (voir ci-contre).
29.1.1915 : départ pour le front avec le bataillon de marche du 99ème R.I. de VIENNE, 15ème compagnie, capitaine TOMBELLE du 157ème R.I.
11.3.1915: blessé devant MORCOURT (Somme).
8. 4.1915 : retour
1. 5.1915 : versé au 67ème R.I. (Soissons) pour re-compléter le régiment qui s'est fait exterminer aux EPARGES, un haut lieu des combats de 1915 (raconté par Maurice Genevoix).
13.8.1915 : évacué, malade.
14.4.1916 : revient au 99ème R.I. (4ème compagnie, lieutenant PRAT, puis MIGNOT)
16.5.1916 : désigné comme signaleur au 1er bataillon du 99ème R.I., au service du commandant FOURQUET.
25.5.1917 : désigné comme signaleur auprès du lieutenant-colonel : Jean-François BORNE ,commandant le 99ème R.I.
19.10.1918 gazé et blessé vers GOMONT ( Ardennes ).
25.3.1919 libéré.

Campagnes

Picardie, Morcourt (février-mars 1915)
Les Eparges (Avril-août 1915)
Verdun, ravin de la Dame, ferme Thiaumont (avril-mai 1916)
Verdun, Côtes de Meuse, La Laufée (juin-décembre 1916)
L'Oise, devant Roye (janvier-mars 1917)
L'Aisne, repli allemand sur la ligne Hindenburg (mars-avril 1917)
Chemin des Dames, Cerny (mai-juin 1917)
L'Oise, entre Saint-Quentin et la Fère (juillet-août 1917)
La Malmaison, moulin de Laffaux (septembre-octobre 1917)
Alsace, Fulleren (janvier-avril 1918)
Monts des Flandres, mont Kemmel (avril 1918)
Montagne de Reims,côte 240 (mai-juin 1918)
Lorraine, forêt de Parroy (juin-septembre 1918)
Champagne, la rivière Py (septembre-octobre 1918)
Ardennes, ligne fortifiée Hunding Stellung (octobre-novembre 1918)

(1) commune de Meyronnes (04540), près de la frontière italienne, dans les alpes de Haute Provence.
(2) Cf. " La vie d'un Valéian parti au Mexique " écrite en 1978 par Yvonne FORNÈS d'après le récit de son père Anselme CHARPENEL, et publiée par son cousin Emile CHARPENEL. Ce récit a été repris dans d'autres publications de la vallée de l'Ubaye.

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