Carnet de guerre et de captivité

d'Alexandre Miachon

La mobilisation à Lyon

" Enfin, si toutefois je reste sur le champ de bataille, je désirerais que vous fassiez inscire mon nom à la suite de celui du pauvre Papa et de la pauvre Marie." 3 août 1914

Page d'accueil principale

Page d'accueil carnet d'Alexandre Miachon


Eléments biographiques d'Alexandre (François Eugène) Miachon

Né le 16 octobre 1893 à Vienne (Isère)

Soldat à la 4e compagnie du 1er bataillon du 99e régiment d'infanterie, sous les drapeaux à la mobilisation
Prisonnier le 10 septembre 1914 au col du Haut-Jacques (Vosges)
Sarrebourg (13 au 17), puis Strasbourg (17 au 19)
Arrivé le 20 septembre 1914 au camp de Lechfeld (Bavière)
Arrivé le 7 novembre 1914 à Laufen / Salzach (Bavière)
rattaché administrativement au camp de Lechfeld, certificat daté du 10 avril 1915
Parti en détachement agricole à Oberbuch (Bavière), entre Tyrlaching et Trostberg le 1er avril 1916
2 photos de l'atelier Carl Stallechner de Trostberg
Dernière mention de salaire le 11 août 1918
Correspondance du 24 août 1918 reçue le 26 septembre 1918 au camp de Puchheim (Bavière), réponse le 6 octobre 1918

Donc du 7 novembre 1914 au 1er avril 1916 à Laufen, du 1er avril 1916 au 11 août 1918 à Oberbuch

Avait fait ses études primaires à l'école de la place de la République à Vienne, puis études secondaires
au collège Ponsard à Vienne
Formé au métier de géomètre par son frère Sylvain, né en 1877
Après la guerre, fait des études en région parisienne puis s'est marié en 1919. Il aura 2 enfants, Jean-Baptiste né en 1925 et Marie née en 1930 et décédée en bas âge.
Ouvre en 1924 un cabinet de géomètre - expert, exerçant aussi une activité d'assureur et de gérant d'immeubles
A la retraite en 1972. Décédé le 12 décembre 1974

 



Dimanche 2 août
La mobilisation a été déclarée après minuit. Le matin, je suis parti à 6 heures pour prendre le service à la société des Forces Motrices du Rhône. Arrivé à Jonage et une fois la garde achevée, j'ai passé mon temps à lire les journaux, les nouvelles devenaient de plus en plus mauvaises. L'après-midi en dehors de mes heures de garde, je m'amusai à pêcher. Avec nous, se trouvaient les hommes de l'armée territoriale. Ils se préparaient pour nous remplacer. Leur tenue leur donnaient tout l'air de polichinelles qui jouent dans les cirques ou théâtres.

Lundi 3 août 1914
Nous sommes restés toute la journée à Jonage. Le matin, j'ai lu les journaux que recevaient la société et j'ai aidé à l'adjudant de la territoriale à faire des listes qu'il avait à fournir. L'après-midi, j'ai fait un peu de canotage sur le canal et quelques parties de cartes avec les agents de la sûreté. Ce jour là, j'étais exempt de garde.

Mardi 4 août 1914
Même travail que la journée d'hier. A 4 heures du soir, nous nous sommes préparés à partir, la territoriale étant prête à nous remplacer. A 5 heures se fait la relève des sentinelles et à 5 heures 1/2, nous quittons Jonage. Les habitants du village nous disent au-revoir en nous souhaitant bonne chance. De là, nous nous sommes rendus dans les écoles de Montplaisir où se trouvaient le 1er bataillon actuellement. C'était 7 heures du soir quand nous sommes arrivés. La journée s'est terminée par le repas du soir. C'est aujourd'hui que la guerre est définitivement déclarée. Dans la salle, j'ai fait la connaissance des réservistes qui venaient de rappliquer.

Mercredi 5 août 1914
Le réveil de ce jour était très agité. Les réservistes arrivaient. C'est demain que nous nous embarquons pour l'Allemagne. Des conversations se sont échangées, les uns disaient que nous allions à Dôle, les autres à Epinal, d'autres disaient que nous allions à Berlin, mais au fond, personne ne savait rien. Le matin, nous avons bu le jus comme d'habitude. Le caporal Perret m'a annoncé que j'étais affecté à la 2e escouade avec le caporal Bellon. Le lieutenant Fourquet commandant la 1ère section, le sous-lieutenant Cuelhes commandant la 2e section, l'adjudant Chavernoz la 3e section et le sous-lieutenant de Malézieu, Saint-Cyrien, la 4e section. A 7 heures du matin, l'adjudant Chavernoz nomme le service. Pour la dernière fois, j'ai été nommé de service au poste. Ensuite, je me suis préparé à prendre le service en tenue de campagne. A 10 heures 1/2, la soupe et à 4 heures, se fait la relève de la garde. Le reste de la journée était employé à prendre la garde et aller appeler les soldats dont les familles faisaient demander. Il arrivait encore quelques réservistes, mais très peu. A la compagnie, il a été fait la distribution des vivres de réserve, des outils, des sacs, etc... Comme outil, j'ai eu une serpe.

Jeudi 6 août 1914
Aujourd'hui, était le jour du départ. Le matin, le capitaine (1) a passé la revue des effets de ses hommes, ensuite, il nous a fait un petit discours dont voici en quelques mots, le résumé. Mes chers amis, le moment de nous montrer et venu. Vous, réservistes qui vous êtes joint à nous pour combattre contre les ennemis qui sont les allemands, dans l'espoir de les vaincre. Eh bien nous les vaincrons jusqu'au bout, que nous les écraserons pour que nos descendants soient tranquilles plus tard. Pour cela, il faut avoir confiance en nos chefs car si tout le monde veut commander, personne ne peut marcher, moi, j'ai confiance en mes supérieurs, (...) ayez confiance en votre capitaine et en vos chefs directs et vous verrez que nous remporteront la victoire et je suis certain que la victoire est à nous. De plus, j'espère que le régiment prendra part à plusieurs batailles qui s'inscriront à la suite des batailles inscrites au drapeau. Le discours est fini en criant "Vive la France et vive le capitaine Isnard". L'heure de la soupe arrive et nous la mangeons. Le quartier était consigné parce qu'on devait partir de Montplaisir à 2 heures du soir. Malgré cette défense, j'ai réussi à sortit. Je suis allé me faire couper les cheveux et rasé, ensuite, je suis suis allé donné mes adieux à mon camarade Chastel. Ensuite, je suis rentré à l'école vers 1 heure 1/2. A 2 heures, se fait le rassemblement du bataillon. Puis, nous nous sommes rendus à la caserne du fort Lamothe, quand nous passons dans les rues de Lyon, tous les habitants étaient à leurs portes et fenêtres, quelques une d'entre eux nous donner des fleurs. Arrivés à la caserne, nous nous sommes rassemblés au milieu de la cour avec le 3e bataillon et le 2e. Une foule énorme nous entourait. Le lieutenant-colonel a fait son discours et à la fin de ce dernier, une personne vint déposer un magnifique bouquet de fleur sur le drapeau. Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la gare des Brotteaux en traversant les principales rues de Lyon, avenue de Saxe, cours Gambetta, boulevard de la Part-Dieu. Toute la foule nous suivait jusqu'à la gare, lorsque nous passons dans les rues, des cris de "Vive la France, vice le 99e" se firent entendre, et beaucoup de fleurs nous ont été distribuées par les habitants. Nous avons traversé Lyon au son de la musique et l'arme sur l'épaule. Les femmes des officiers ont suivi leur mari jusqu'à la gare et ensuite les derniers adieux se sont échangés. C'était environ 7 heures du soir lorsque l'embarquement s'est fait, dans ces wagons, nous avons bien attendu 2 heures avant le départ. Il se sont échangé des conversations principalement sur la guerre et sur le (...) pour des familles. Tout à coup, le train s'ébranle, voilà l'heure du départ qui vient d'arriver. Des cris de "Vive la France, à bas Guillaume, on lui coupera la tête, de au-revoir et à bientôt". Il était déjà tard, la nuit s'amenant et la plupart de nous s'endorment. Le premier arrêt que nous fîmes fut Besançon. Il dura 1/4 d'heure, juste le temps de changer de machine, puis nous repartîmes dans la direction de Dôle.


(1) Capitaine ISNARD, commandant la 4e compagnie à la mobilisation

Correspondance d'Alexandre Miachon quelques jours avant la guerre

Lyon le 21 juillet 1914

Chère Maman et cher Sylvain

Je suis arrivé Dimanche soir a très bon port au fort Lamothe. Il n'y a pas eu d'appel de piquet. Hiet et aujourd'hui, nous avons eu exercice sur les glacis (fonctionnement d'un petit-poste et école de section). Je suis sorti hier soir avec un camarade. Nous sommes llés jusqu'à la gare Perrache. De là, je suis allé rue Duhamel où se trouvait le garage d'auto (...) par Madame Bonneton.
Le directeur du garage n'a pas pu me renseigner parce qu'il ne louait que de petites autos destinées aux voyageurs, seulement, il m'a indiqué le garage Moulin, quai Gailleton, c'est un grand garage qui possède des ambulances pour transporter les malades. J'ai vu la patronne qui m'a donné les prix suivants 1 F 50 et 1 F 70 le km, suivant la grandeur de l'ambulance, le retour compris, c'est à dire qu'ils ne comptent que l'aller. Ainsi, comme l'a dit la patronne, pour emmener un malade à Vienne, la course reviendrait à 50 F ou 55 F. Il faudrait que Sylvain écrive tout de suite une lettre de réclamation à l'hôpital et vous verrez que l'hôpital diminuera tout de suite.
Demain mercredi nous avons groupe de manoeuvre avec le 2e Dragons, sac chargé en tenue de campagne.
Rien d'autre chose à vous dire. Il fait très mauvais temps à Lyon à tout moment, il pleut et nous nous mouillons tous les jours.
Je pense que vous êtes en bonne santé quand à moi, je vais très bien.
Le bonjour à madame Bonneton.
Je vous embrasse bien fort.
Votre fils et frère qui vous aime.

Alexandre

 

Jonage, le 30 juillet 1914

Chère Maman et cher Sylvain

C'est avec plaisir que je reçois votre lettre ce matin ainsi que le mandat qu'elle contenait, je vous en remercie. Je n'avais pas beaucoup dépensé la semaine passée, j'ai encore 7 F. et quelques centimes qui me feront encore bien une semaine. Je ne pourrai toucher le mandat que lorsque je redescendrai au fort Lamothe.
A Jonage, nous serions très bien si nous avions notre lit et si nous n'étions pas dérangé à tout moment de la nuit. Le jour, nous nous distrayons à jouer aux cartes avec les agents de ville qui prennent également le service. Ils viennent à deux chaque fois et se rechangent 3 fois dans 24 heures, ou bien, nous pêchons à la ligne avec les lignes des voisins de l'usine qui ont bien voulu nous les prêter. Nous sommes un peu mieux nourris qu'au fort Lamothe. Les employés de l'usine ont fait depuis que nous sommes ici 3 quêtes qui ont données chaque fois une pièce de 7 à 8 F., argent est destinée à acheter du vin, comme ça, nous avons 1 quart de vin à tous les repas ce qui est très avantageux. En somme, je suis très content à Jonage, mais il ne faudrait pas que la guerre s'aggrave et vienne jusqu'à nous. Il n'y a rien d'autre de nouveau. Je ne veux pas vous conter de la guerre austro-serbe ainsi de la médiation dont il est question, vous êtes bien mieux au courant que moi au moyen des journaux. J'espère que cette médiation sera acceptée et que tout finira pour le mieux. Pour le moment, je ne me fais point de mauvais sang. Je ne sais pas si j'aurais une permission dimanche, il ne faut pas y compter tant qu'on ne descendra pas au fort Lamothe et même aujourd'hui, c'est trop tard pour en demander une. A défaut de permission je ne descends pas à Vienne.

Vous me demandez si j'ai besoin de quelque chose, pour le moment non, seulement, vous pourriez remettre un petit paquet si ça ne vous ennuie pas, au caporal Perret rentrant samedi soir de grande permission, à moins que vous vouliez voir chez Madame Grillet si son fils est descendu.

Je pense que vous êtes toujours en bonne santé, que nous ne vous faites pas de mauvais sang, quand à moi, je vais très bien.
Le bonjour aux voisins.
Je vous embrasse bien, bien fort.
Votre fils et frère qui vous aime.

Alexandre


Je vous écrirai une prochaine lettre lorsque je descendrai au fort Lamothe. Ce sera probablement samedi ou Dimanche.

Jonage, le 2 août 1914

Chère maman et cher Sylvain

Comme Sylvain sait, j'ai été nommé de service hier soir à 6 heures pour aller à Perrache. Nous ne sommes pas parti, nous avons restés jusqu'à 9 heures dans la cour équipé, de là nous sommes allés nous coucher mais sans se déshabiller ni se déséquiper. Ca fera avec la nuit d'aujourd'hui, dix nuits consécutives sans me déshabiller. Ce matin, j'ai été nommé de service à l'usine des Forces Motrices du Rhône. Le réveil a été à 4 h. 1/2. Arrivé à l'usine, l'adjudant de réserve, car les réservistes sont arrivés, a demandé un secrétaire et j'ai été désigné. Je suis exempt de garde le jour. Des nouvelles extraordinaires arrivent en notre faveur. Il est officiel, d'après une dépêche de ce soir, que le général Joffre a rentré dans l'Alsace-Lorraine de 15 km et acclamé par la foule. On dit que les alsaciens-lorrains se trouvaient du côté de la France et marcheraient contre l'Allemagne, mais de plus, il y aurait 10 000 allemands de tués contre 1500 français, mais je crois que ceci est un canard car si c'était vrai, ce serait vraiment une victoire pour nous et le 99e pourrait être bien moins éprouvé. Il parait aussi que la Russie a mis un bon pied dans le territoire allemand. Espérons que tout ça est vrai et que tout ira pour le mieux. Nous devons partir officieusement jeudi à midi pour Belfort ou Modane mais il pourrait bien arriver que nous partions plus tôt. Le 99e cantonnera à partir d'aujourd'hui à Montplaisir dans les écoles pour laisser la place aux réservistes (Monjean et Garin sont nommés au 299e territorial à Vienne).
Aucune autre nouvelle à vous dire, que je suis toujours en bonne santé et qu'il fait très chaud, la capote est lourde
Je vous embrasse bien fort en espérant toujours avoir le plaisir de me trouver bientôt parmi vous.

Votre fils et frère qui vous aime.

Alexandre

Je vous envoie sous ce pli mon brevet d'aptitude militaire et une carte qui se trouvait dans mon carnet.

Lyon Montplaisir le 3 août 1914

Chère Maman et cher Sylvain

Les territoriaux nous ont remplacés pour le service de Jonage. Je suis descendu hier pour aller cantonner avec la compagnie qui se trouve dans les écoles de Montplaisir. Le caporal Perret me remet à l'instant votre lettre que lui avait (...) à son arrivée pour qu'il remette aussitôt le mandat au vaguemestre, de cette façon, j'ai touché aujourd'hui même la somme des 2 mandats soit 30 F. qui m'a été payée en billets, je vous en remercie.
Nous partons pour le moment jeudi matin à 6 heures, nous pensons aller directement à Belfort puis à Berlin mais il n'y a rien de sûre, personne ne sait rien. Enfin, si toutefois nous y allons, j'irais de bon courage avec mes camarades, je ne me fait pas de mauvais sang, que lorsque je pense à vous mais je fini tout de même par prendre une résolution et je pense bien m'en tirer avant qu'ils me tue et encore mieux, j'ai la confiance de revenir vous voir et vous trouver en bonne santé après la bataille. Enfin, si toutefois je reste sur le champ de bataille, je désirerais que vous fassiez inscrire mon nom à la suite de celui du pauvre papa et de la pauvre Marie.
Je pense que vous êtes en bonne santé, quand à moi, je vais très bien.
Je ne vous dit pas adieu, je vous dit au revoir.
Votre fils et frère qui vous aime.


Lyon Montplaisir, le 5 août 1914

Chère Maman et cher Sylvain.

Je quitte le service ce matin , ce n'est pas trop tôt et j'espère bien de ne plus le reprendre à Lyon. Le départ sur la frontière a été retardée, nous ne partons que demain à huit heures du soir. Nous sommes prêt à partir, nous avons tout touché et le sac complètement monté. Il arrive des réservistes de la classe 1901 qui vont marcher avec nous. A part ça, rien de nouveau.
Je voudrais bien savoir des nouvelles de Clovis Southonax et ça me ferai plaisir que vous les écriviez. J'espère qu'il combat toujours contre les casques à pointes et qu'il en sortira victorieux en attendant que le 99e aille lui porter main forte. Vous donnerez de ma part à ses parents bien le bonjour.
Je pense que vous êtes en bonne santé, quand à moi, je vais très bien.
Mes plus grandes amitiés.
Votre fils et frère qui vous aime et vous embrasse bien fort.

Alexandre

Bonne poignée de main aux voisins ainsi que le bonjour à madame Rozier.
Je n'écris pas à Madame Rajon, vous lui donnerez bien le bonjour pour moi.

 

Page d'accueil principale

Page d'accueil carnet d'Alexandre Miachon