Carnet de guerre et de captivité

d'Alexandre Miachon

La campagne des Vosges

"Peut-être que demain, il en manquera à l'appel."

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Vendredi 7 août 1914
Nou sommes arrivés à Dôle le lendemain matin, vendredi. Là, nous avons bu le jus et nous sommes reparti aussitôt dans la direction de Belfort. Tout le long du parcours, différents chants envahissent les wagons et les habitants placés sur la ligne, sortirent de chez eux et nous acclamèrent à notre passage en criant "Vive la France, vive l'armée, à bas Guillaume". Un arrêt se fait à Lure pour changer de machine, puis à Belfort. Nous pensions descendre à cette gare mais le lieutenant-colonel reçu un pli, d'aller plus loin. Nous repartîmes alors, contents et joyeux, croyant cette fois que nous nous dirigions sur Berlin, seulement arrivé à Epinal, le clairon sonna le rassemblement et tout le monde descendit du train, à la descente du train, j'ai remarqué que les wagons étaient décorés de fleurs, fleurs que nous avaient donné les habitants pendant le trajet. C'était environ 7 heurs du soir, l'arrivée à Epinal, nous nous plaçames colonne par quatre, compagnie par compagnie, puis nous sommes allés à la ville d'Epinal sous une pluie fine, nous avons fait une halte au bord d'une route sans abri et la pluie tombait de plus en plus fort. Nous étions restés là pour donner le temps aux fourriers de chaque compagnie de trouver le cantonnement, après avoir attendu 2 heures sous la pluie, nous avons rejoins notre cantonnement. En traversant la ville, nous avons rencontré le 54e d'artillerie et le 6e qui cantonnent également à Epinal, le 22e infanterie. La plupart des habitants étaient partis et avaient abandonnés leurs ménages et leur commerce, nous étions cantonnés en plein village dans une maison non habitée. La porte était fermée. Le lieutenant Fourquet l'enfonça avec une crosse de fusil. Ma section était logée, la 2e escouade occupait une pièce qui formait la chambre d'un petit ménage que les propriétaires avaient été obligés de tout délaisser. Le mari a été parait-il appelé sous les drapeaux et la femme avec son enfant avait quitté Epinal. Nous nous sommes installés dans cette chambre, là, nous avons mangé du singe, c'est-à-dire, une boîte de conserve et ensuite une barre de chocolat que j'avais dans ma musette. Nous nous sommes ensuite couchés, les uns étaient dans le lit et les autres, sur les matelas.

Samedi 8 août 1914
Le lendemain matin, au réveil, nous avons bu le jus puis chaque chef de section ont rassemblé leur section. Puis nous nous sommes mis en marche, après avoir fait 1 km environ, nous avons rencontré le 22e d'infanterie qui était rassemblé, nous nous sommes placés sur le bord de la route en ligne déployée, nous nous trouvons à l'intersection de 2 routes. Ce rassemblement avait pour but de nous faire connaître nos chefs supérieurs, le général Pierrot (Pouradier-Dutheil barré). Le colonel du 22e, Bulot et le lieutenant-colonel du 99e, Martinet. Puis ensuite, chacun des régiments ont pris la direction qui leur était destinée. Ce jour là a été chaud, l'étape a été très dure à cause de la montée continuelle qu'il fallait faire avec le sac très lourd sur le dos et les cartouchières garnies de balles autour de la ceinture. Enfin, après avoir fait environ 12 km, nous sommes arrivés au village où nous devions cantonner. Il y avait juste le 1er bataillon qui restait ici. Le commandant Gaulier donne ses ordres aux capitaines et ensuite mon capitaine rassemble sa compagnie dans un pré en colonne de compagnie et désigne à chaque section l'emplacement qu'elle doit occuper. Ma section étant logée chez un vieux propriétaire qui n'était pas des plus contants mais l'essentiel était que la grange soit bonne. Nous gagnons rapidement notre cantonnement. Une heure après la distribution des vivres se fit et chaque section de se préparait à faire leur popote comme si on était en manoeuvre, il y avait potage pommes de terre, viande et vin. A deux heures de l'après-midi, le capitaine rassembla sa compagnie pour aller faire du service en campagne, car c'était le moment de se préparer. Aucune crainte car l'ennemi était encore à 70 à 80 km de nous.
Chaque chef de section pris leur section en main et les fit déployer en tirailleurs et ensuite des bonds. Le capitaine était allé se poster à 300 m de nous sur une hauteur pour voir l'effet d'une ligne de tirailleurs debouts, couchés et lorsqu'elle fait des bonds. Arrivé à sa hauteur, nous avons été félicités de la manière dont nous nous sommes couchés. Pendant ce temps, le caporal-fourrier Dolin m'a appelé pour servir de liaison auprès du capitaine. Ensuite, la compagnie s'est exercée à marcher sous le feu de l'artillerie. Enfin, nous sommes rentrés au cantonnement, nous avons préparé le repas et nous avons mangé. C'était bien tard que nous avons fini. Nous nous sommes couchés dans le foin, une fois l'appel fait. barré (tout le monde était présent et l'un disait :"peut-être que demain, il en manquera à l'appel")

Dimanche 9 août 1914
Aujourd'hui, nous restons à la Baffe, dès le réveil, on me nomme de planton au poste de police, j'avais pour but de transmettre les ordres qui arrivaient à ma compagnie. Ma section étant également de service au poste de police.
L'après-midi, le commandant Gaulier rassemble le bataillon auprès de lui pour lui annoncer la prise de Mulhouse, les (???) parait-il, ont été accueillis à bras ouverts par les habitants, ils étaient tous à leur fenêtre qui criaient :"Vive la France.Vive l'armée." A part ça, rien de nouveau à la journée d'hier.

Lundi 10 août 1914
A 7 heures du matin devait avoir lieu le rassemblement du bataillon devant le poste de police, ordre du commandant Gaulier. Dès le réveil, les hommes se dépêchent à boire le jus et viennent se rassembler par compagnie d'après la formation donnée. Une fois le rassemblement fait, le départ fut donné et nous quittons la Baffe pour se diriger vers Bruyères. Ce jour-là était très chaud et nous fatiguions (sic) beaucoup, dont quelques uns ne sont allés jusqu'au bout. Tout près de Bruyères, nous avons fait une pause devant la Croix-Rouge, là, les infirmières nous ont donné du thé qui nous a remis un peu. Puis nous nous sommes remis en chemin.
Remarque : devant moi, se trouvait un soldat qui ne pouvait plus marcher et s'assied sur le rebord de la route. Le lieutenant Fourquet l'ayant apperçu le pris par le bras et l'obligea à marcher en lui envoyant un coup de pied, le pauvre diable alla bien 100 m puis il tomba de toute sa longueur sur la route et ne bougea plus et avait probablement prit une insoldation car ce jour-ci, le soleil était très chaud. Enfin, nous arrivâmes à Bruyères en plein jour et notre cantonnement était dans la caserne du 158e. Arrivé dans cette caserne, le premier travail était de quitter son sac et se coucher sur les matelas tout mouillé de froid et harassé. La popote se fait comme d'habitude et la journée se passa ainsi.

Mardi 11 août 1914
Le lendemain matin, vers les sept heures, le bataillon se rassembla pour le départ, c'était huit heures lorsque nous partions pour la direction de Corcieux. L'étape a été très pénible d'autant plus pénible que le soleil était très chaud à cette époque, les soldats tombaient comme des mouches et attendaient le convoi. Toute les demi-heure, nous faisiosn des pauses de 10 mn à 1/4 d'heures. Arrivé à Corcieux, nous fîmes une grande halte dans un grand pré, chacun mangea ce qu'il avait. Nous pensions cantonner à Corcieux, seulement, vers les 3 heures de l'après-midi, le capitaine cria le rassemblement pour partir. Puis nous nous mîmes en route, toujours sous une chaleur qui nous accablait, nous nous dirigeons sur Saint-Dié. Après avoir fait une douzaine de km, nous fîmes une grande pause, là le capitaine donna l'ordre d'aller au ravitaillement d'eau. Ensuite, nous primes un chemin dans la montagne, c'était le col de Saint-Léonard, arrivé au sommet de ce col, tout le monde était harassé. Le village se trouvait encore loin et il fallait traverser une grande plaine, je me demandais si j'arriverai jusqu'au bout. J'ai pris courage et je suis tout de même arrivé. C'était nuit lorsque nous sommes arrivés dans ce village, là se trouvait des chasseurs, les 2e et 3e bataillons du 99e. Le fourrier était passé devant avec le campement. Une fois arrivé au cantonnement, nous mîmes tout à bas, ce n'était pas trop tôt. Nous nous sommes dépêchés à faire la cuisine pour nous coucher le plus tôt possible.

Mercredi 12 août 1914
Le lendemain matin comme d'habitude, le bataillon s'est rassemblé, nous avons attendu jusqu'à 10 heures l'ordre du général qui disait que le régiment ne bougerait pas aujourd'hui, nous sommes alors rentrés dans le cantonnement et préparé la cuisine. Jusqu'à maintenant, nous avons trouvé à acheter de quoi se nourrir. A ce moment, les poules et poulets n'avaient pas beau temps. Ce jour, j'ai lavé un peu et je me suis reposé le restant de la journée dans un pré sous les rayons chauds du soleil. Les canons commençaient à s'entendre mais c'était encore loin.

Jeudi 13 août 1914
A trois heures, le réveil sonna, tout le monde sur pied. Nous bûmes le jus aussitôt, le régiment se rassembla ensuite sur la route et nous prîmes la direction de la frontière. La journée fut très chaude et beaucoup de soldats ont resté en arrière à cause de la chaleur et de la fatigue. A midi, nous fîmes la grande halte de 4 heures dans un bois. Puis nous nous sommes mîmes en route pour aller cantonner au village de Lusse. Arrivé dans ce village après une étape d'au moins 40 km, j'ai appris que des ulans avaient passé ici et qu'ils avaient été respoussés aussitôt, quelques maisons avaient été détruites, les obus. Dans ce pays, nous avons trouvé des oeufs et du beurre alors nous avons fait une omelette aux herbes que nous avons mangé avec plaisir. Puis nous nous sommes couchés dans la grande. Les distributions se font toujours la nuit.

Vendredi 14 août 1914
Le lendemain matin, vers les 3 heures, après avoir bu le jus, le commandant Gaulier rassembla le bataillon, puis nous prîmes la direction du col de Lubine sur la frontière occupé par l'ennemi, après avoir fait 2 km, un ordre est arrivé qu'il fallait rester à Lusse. Nous fîmes demi-tour et nous retournâmes dans les cantonnements affectés, seulement ma section alla en patrouille dans un bois situé à une dizaine de km du village, nous sommes allé jusque sur la frontière, où nous apperçûmes dans le bois en face qui était assez loin, des allemands dans leurs tranchées. Après nous nous sommes retournés et en arrivant au village, nous leur apprîmes la nouvelle. La journée se passa encore assez bien.

Samedi 15 août 1914
Dès l'aurore, nous nous mîmes en route, nous traversâmes le village de Lubine au bout duquel se trouvait la (???). Ensuite, nous abordons une montagne puis nous traversâmes le col de Lubine. En travsersant ce col, je m'apperçu dans le bois à droite du chemin, des abris fait pas les allemands en branches de sapin, ils avaient dû passer la nuit, des boîtes de conserve allemandes étaient dispersées dans ce bois. Arrivés à la cîme de ce col (les pièces d'artillerie se plaçaient en batterie), nous fîmes la garde, c'était environ 11 heures, nous avions comme nourriture, que de la conserve. Ensuite nous partîmes, ce fût la 3e compagnie qui passa la première, des patrouilles furent envoyées puis les autres compagnies suivirent en ligne de section par 2 et grandes distances, la 4e compagnie était flanc garde de gauche. Nous marchâmes dans cette position jusqu'à ce que nous avons trouvé une grande plaine qu'on appelait l'enclos des Vaches. A ce moment, des escarmouches s'engageaient, c'était le 30e d'infanterie qui se trouvait devant, nous, nous suivîmes toujours la frontière mais nous étions complètement dans l'Alsace. L'étape a été très pénible surtout que le temps était très mauvais, il pleuvait et encore, par suite des montées et des descentes à travers bois.
Arrivés à la cîme de la crête que l'on voulait atteindre, la 4e compagnie resta là ainsi que celles qui la suivirent. Celles qui étaient devant descendirent la vallée où se trouvaient les allemands. La 3e compagnie étant en avant-garde, il y eut perte, les patrouilleurs qui se trouvèrent en contact avec les ennemis dont 3 blessés et un mort parmi eux. Quelques balles perdues nous passaient au-dessus de la tête. Je me suis attaché avec le caporal Robert et les hommes de la liaison à m'approcher sur le bord de la crête et j'ai apperçu les boches dans leurs tranchées dans la plaine, il y avait environ 600 mètres, Robert et d'autres hommes, ainsi que le sergent Fourquet ont tiré, c'est Robert qui, seul, en a démonté un. Puis ensuite, le capitaine a fait placer la mitrailleuse pour les faire déguerpir. A la tombée de la nuit, nous avons reculé de quelques mètres pour bivouaquer, arrivés dans un bois, nous nous sommes (mis) à faire des tranchées, seulement, la nuit à pris et nous n'avons pas pu faire d'abri. Il pleuvait toujours. Nous avons passé la nuit dans ce bois sous une grosse pluie permanente. Pour ma part, je n'ai rien dormi, j'ai greloté de froid toute la nuit. De temps en temps, les sentinelles tiraient puis une rafale de balles nous ont passé dessus nous, chacun fut émotionné. Le jour demandé avec impatience finit par arriver.

Dimanche 16 août 1914
Dès l'aube, nous avons continué les tranchées puis nous avons fait des abris avec les branches de sapin. Ensuite, nous avons fait la popote, il fallait aller chercher de l'eau au fond de la vallée à 3 kms d'où nous étions. Le soir, vers trois heures, le commandant rassemble son bataillon puis nous partons, obligés de laisser nos abris qui nous avaient donnés tant de peine. Le temps était toujours mauvais et nous étions tout mouillé. Nous sommes allé prendre la ville de Sainte-Croix, tous les fils télégraphiques que l'on trouvait en cours de route, nous les coupions. Lorsque nous sommes arrivés à Sainte-Croix, c'était vers les 6 heures sous une pluie fine, tous les habitants se sont mis aux fenêtres, là, nous avons touché du tabac allemand, nous n'avons pas été cantonné avant 9 heures du soir. Les postes télégraphiques et téléphoniques ont été démontés. Les habitants nous ont dit qu'ils préféraient appartenir à la France qu'à l'Allemagne, que les soldats allemands les ont obligés à faire leur cuisine et même les nourrir. La journée fut ainsi passée.

Lundi 17 août 1914
Le lendemain matin, dès le réveil, nous nous préparons pour partir, il pleuvait toujours, vers les 7 heures, le commandant rassemble son bataillon et nous partons, nous avons passé à Saint-Blaise, nous sommes allé cantonner à Colroy-la-Roche. L'étape a été très pénible et elle a durée toute la journée, nous ne sommes arrivés dans ce pays que vers les 10 heures du soir, nous étions tous vannés.

Mardi 18 août 1914
Ce jourd'hui, le réveil a été plus tard que d'habitude, c'était environ 5 heures lorsque nous nous sommes levés, nous pensions passer la journée dans ce village, seulement vers les 9 heures, un ordre arrive qu'il faut partir, nous nous rassemblons et nous partons, le temps était beau, après avoir marcher deux heures, nous nous sommes arrêtés dans un village, le village de Blancherupt (Alsace) où nous devions cantonner. La journée se passe très bien, nous nous sommes reposé de la fatigue d'hier. Une fois la nuit arrivée, nous nous sommes couchés. A 10 heures du soir, le fourrier réveilla toute la compagnie, c'était une alerte, 20 mn après, tout le bataillon était rassemblé, prêt à partir. Puis nous partons, après avoir marché 1/2 heure, ma compagnie s'arrête, les autres compagnies continuent la route. Les sections de ma compagnie se dispersent et vont chacune prendre leur emplacement indiqué, se placer en petit-poste, ça commençait à sentir mauvais, l'ennemi était prêt, moi, comme homme de liaison, j'ai resté avec le capitaine, où nous sommes allés ainsi qu'une section dans un petit groupe de maisons mais nous avons passé le restant de la nuit dehors et il faisait très froid.

Mercredi 19 août 1914
Ce n'est que vers les 3 heures que nous nous sommes rassemblés puis nous avons traversé un bois de genêts, les canons commençaient à tonner de près, puis nous avons tombés dans un village, le village de Wildersbach, nous avons monté la montagne en face qu'on appelle le Champ-du-Feu. Arrivés sur la crête, nous nous sommes déployés en tirailleurs pas plu tôt le déploiement fait, les canons adverses se mettent à cracher, sous cette pluie de shrapnells, nous nous sommes couchés dès plus vite, les allemands avançaient et bientôt, les balles se mettent à siffler, c'était leurs mitrailleuses qui crachaient puis ensuite les fusils. Quelques une d'entre nous commençaisent à descendre, c'était la retraite, j'en fis ensuite de même et je suivi le capitaine Isnard, nous avons gagné le bois qui se trouvait à droite du village, à un moment donné, nous étions perdu dans ce bois puis nous sommes tombé dans le village de Rothau, nous avons resté là un moment et nous sommes ensuite allés vers la gare de Fouday, nous avons passé la nuit dans une grange à côté de cette gare. Toute la nuit, les canons ont tonnés et c'est (...)

Jeudi 20 août 1914
(...) vers les 3 heures que les allemands avaient repérés notre artillerie et les shrapnells commençaient à tomber autour de la gare. Là dessus, nous nous sommes débinés le plus vite possible en arrière sous le feu de l'artillerie. Nous sommes arrivés dans un village qui avait été mis en feu, il ne restait plus que les murs des maisons. Nous avons resté toute la journée dans les tranchées qui se trouvaient en arrière de ce village. A ce moment, de la réserve commençait à arriver, nous avons passé ce jour là, la nuit dehors.

Vendredi 21 août 1914
Nous n'avons pas bouger des tranchées. Du côté de Saulxures-sur-Meurthe (sur-Bruche), il y a eu une grande bataille, combat à la baïonnette pour la grosse partie du 99e et autres régiments. C'est pour cette bataille que le 99e s'est fait inscrire à l'ordre du jour.

Samedi 22 août 1914 et dimanche 23 août 1914
Ces deux jours, nous étions soutien de l'artillerie dans le même village.

Lundi 24 août 1914
Nous sommes allés rejoindre le régiment qui se trouvait à Saint-Blaise. L'après-midi, nous sommes allés occuper un bois, au-dessus de ce village, ici, nous avons double mission, 1. soutien d'artillerie, 2. tenir l'ennemi qui se trouvaient de l'autre côté. Le soir, nous sommes descendus jusqu'à Saales, de nouvelles troupes devaient nous remplacer, l'arrivée du Général Pau parait-il, puis, nous prolongeons notre marche jusqu'à Ménil, petit village où tout le régiment devait se rassembler et (se) reformer. Nous cantonnons tous à Saint-Jean-d'Ormont.

Mardi 25 août 1914
Le matin, après le réveil, tout le régiment s'est rassemblé dans un pré puis nous retournons du côté de Saales et nous nous sommes arrêtés dans le village de Launois, là, nous avons resté toute la journée, nous avons fait des tranchées et nous avons passé la nuit sous une pluie fine.

Mercredi 26 aooût 1914
Le matin, nous avons battu retraite jusque dans un bois qui se trouvait à 2 km environ en arrière de Ménil. Nous avons resté dans ce bois jusqu'à près de midi où il a fallu déguerpir de nouveau, à côté de moi, un copain qui a été blessé à l'épaule par un éclat d'obus. Le soir, nous avons remonté dans ce bois et il a fallu passer la nuit sous une grosse pluie dans les tranchées comme soutien d'artillerie, dans la nuit, vers les 10 heures, une section de la compagnie a chargé baïonnette au canon pour sauver des pièces d'artillerie qui se trouvaient en avant.

Jeudi 27 août 1914
Le lendemain matin, nous restons dans nos tranchées, moi, je suivais le capitaine, de temps en temps, des balles nous sifflaient aux oreilles puis ensuite, une pluie de balles arrivent et nous avons été obligé de battre en retraite et elle s'est prolongée jusqu'à Saint-Dié, sous une pluie de balles et d'obus. A ce moment, c'était chacun pour soi, sauve qui peut, nous étions tous dispersés, j'ai
quitté la ville de Saint-Dié comme d'autres ont fait et je suis allé dans le village de Taintrux car j'avais peur que l'usine à gaz saute, dans ce village, il y en avait déjà et il en arrivait toutes les minutes. Un moment, le lieutenant Fourquet de ma section, arrive avec quelques hommes. Je me suis joint à sa section. Nous nous sommes abrités dans une maison où le propriétaire se préparait à partir. La nous nous sommes chauffés un moment et fait sécher nos capotes toutes mouillées, il pleuvait toujours. Les obus commençaient à tomber dans le village, nous sommes alors parti et gagné vivement le bois qui se trouvait à droite du village, nous avons resté tout le restant de la journée. Le soir, nous sommes venu cantonner dans une grange qui se trouvait à côté du bois.

Vendredi 28 août 1914
Le lendemain matin à l'aurore, nous avons regagné le bois où nous étions hier ; nous avons resté là une bonne partie du matin, puis nous avons avancé tout en suivant la lisière du bois. Nous nous sommes arrêtés en avant de Saint-Dié, toujours dans le bois. Nous avons resté un grand moment dans un fossé assez profond. Notre artillerie qui se trouvait à droite de nous n'a cesser de tirer dans le bois où se trouvait des allemands. Aucune riposte ne s'est faite. Vers les quatre heures du soir, nous nous sommes préparé à attaquer. C'est la 2e compagnie qui a commencé, elle s'est déployée en tirailleurs dans le pré qui se trouvait à côté de la gare de Saint-Dié. Cette compagnie a gagné rapidement le talus de la ligne de chemin de fer. Ensuite, la 4e, mais celle-ci, une fois déployée, les canons allemands ont commencé à tirer dans le pré, puis ensuite, c'est nous qui les avons suivi sous la pluie des obus. C'était temps de sortir du bois parce que ce dernier a été battu par l'artillerie ennemie après que nous en sommes sorti. Arrivé au talus, le clairon sonne la charge, nous mettons baïonnette au canon et nous chargeons. Sans réussite, nous batons retraite sous le feu de l'ennemi, nous restons dans le bois et nous passons la nuit.

Samedi 29 août 1914
Le lendemain matin, nous faisons une nouvelle attaque qui n'a pas été heureuse, nous reculons de nouveau en gagnant rapidement le bois où nous étions, seulement, l'artillerie ennemie bat ce bois, nous avons eu beaucoup de peine pour nous sortir du feu.

Dimanche 30 août et lundi 31 août 1914
Nous étions perdu avec le lieutenant. Le régiment était dans les tranchées à la Croix-Idoux.

Mardi 1er septembre 1914
Le lieutenant est allé au convoi. Le fourrier et moi avons cherché la compagnie, nous l'avons trouvé le soir dans le bois qui se trouve à droite de Rougiville. Elle était soutien d'artillerie. Nous venons cantonner dans ce village. Le régiment s'est rassemblé et nous avons été ravitaillé.

Lettre à ses proches du 1er septembre 1914

Je reçois à l'instant par le cycliste de la 4e compagnie votre lettre du 19 me disant que vous êtes en bonne santé, c'est ce que je voulais savoir et que le temps me durait. Je suis étonné, sans être bien étonné puisque nous sommes en guerre, que vous n'ayez pas reçu mes lettres que je vous ai envoyées. Depuis que j'ai quitté Epinal, je vous ai bien écrit au moins 6 à 7 fois et me bornait à vous dire que mon état de santé. Je suis toujours en bonne santé, pas encore une blessure et j'espère bien que les balles et obus, tout en étant près du feu, m'oublieront. J'ai toujours du courage et je pense le tenir jusqu'au bout.
Comme je ne reçevais point de vos nouvelles, j'ai écris hier à Assieu, leur demandant de vos nouvelles et des votres car je me doutais que Sylvain était parti et que maman était resté seule et était allé chez l'oncle.
Vous me dites que le temps vous dure de me voir mais croyez moi, le temps me dure plus que vous d'être parmi vous et pouvoir vous embrasser bien fort. Les jours me paraissent également très longs et d'autant plus longs que l'on ne sait rien.

Enfin, je termine ma lettre, chère maman et cher Sylvain, en vous embrassant bien, bien fort et en espérant bientôt le grand plaisir de vous revoir.
Votre fils et frère qui vous aime toujours de tout son coeur.
J'espère bien que cette lettre vous arrivera.


Mercredi 2 septembre 1914
Le lendemain matin, nous retournons dans le bois où nous étions hier. J'étais agent de liaison auprès du lieutenant Baillet qui commandait la 10e compagnie avec la section de l'adjudant-chef de Lonstade. Nous étions en première ligne avec le 22e. Le sous-lieutenant Dupasquier a reçu une balle en pleine poitrine. Il a fallu nous, la liaison, aller le chercher sous la pluie des balles pour ne pas le laisser aux mains des allemands, nous l'avons enterré dans ce bois. Nous avons passé la nuit dans ce bois. Deux maisons brûlaient au village de Rougiville.

Jeudi 3 septembre 1914
Le régiment a quitté ce bois dans le matin pour aller en arrière du village de Rougiville. Ce jour là, le régiment se composait environ d'un bataillon à peine, commandé par le commandant Arbey. Là, nous avons fait des tranchées, abattu des arbres, dans les branches de ces derniers, nous avons (fait) des fils de fer et des ronces. Toute la journée, nous avons été sous le feu de l'artillerie ennemie. Le soir, nous avons contonner dans les granges les plus voisines.

Voir carnet de guerre du capitaine MICHOUX

Vendredi 4 septembre 1914
Le lendemain matin, tout le régiment fut sur pied à l'aurore, nous sommes partis de très bon matin pour aller à Vanémont, village qui se trouve à environ 6 km de Corcieux. Dans un grand pré, le régiment s'est reformé. C'est le dépôt du 97e qui a complété le régiment. Toute la journée a été occupée. Ce soir, nous avons cantonné au village.

Samedi 5 septembre 1914
Le lendemain de grand matin, tout le régiment est rassemblé sur la route, nous pensions nous reposer trois ou quatre jours. En fait de repos, nous avons retourné sur la ligne de feu. Les allemands avaient avançés. Nous avons attendu toute la journée dans un bois. Aucune attaque n'a eu lieu. Vers le soir, l'artillerie ennemie commença à battre le bois. Dans le groupe de maisons qui était en bas, il y en a 3 qui brûlaient. Le bataillon a retourné aller cantonner à Vanémont, il n'y a que ma compagnie qui est comme avant-poste, nous avons donc couché dans le bois.

Dimanche 6 septembre 1914
Nous avons resté toute la journée au même endroit. La nuit s'est passée comme la dernière.

Lundi 7 septembre 1914
Le lendemain matin, la compagnie s'est rassemblée et s'est dirigée dans les bois du Haut-Jacques pour remplacer le 22e. Là, nous avons resté toute la journée. Ce jour, je liais la compagnie avec le colonel Bulot du 22e. Nous étions les premiers arrivés dans ce bois. Le soir, nous avons passé la nuit dans le bois.

Mardi 8 septembre 1914
Le lendemain de très bon matin, est arrivé les autres compagnies du 99e et 2 compagnies du 52e, toujours sous la direction du colonel Bulot. Le 22e est parti. Les hommes ont continué les tranchées commencées par le 22e et en ont fait de nouvelles. C'est le capitaine Bidault qui commande le bataillon. J'étais toujours liaison avec le bataillon. Dans l'après-midi vers les 3 heures, il y a eu 2 attaques qui n'ont pas été heureuses. Nous avons encore passé la nuit dans le bois. Dans la nuit d'hier comme dans la nuit d'aujourd'hui, les boches ont attaqué 3 fois. L'escarmouche dura environ 1/4 d'heure.

Mercredi 9 septembre 1914
Le lendemain matin, dès l'aurore, arrivée du commandant Oget, des chasseurs alpins avec son bataillon qui devait prendre le commandement du bataillon du 99e. Vers les 3 heures, le commandant devait attaquer, 1/2 heure, je vais porter l'ordre à ma compagnie qui se trouvait à ce moment de réserve. A trois heures, les compagnies qui étaient dans les tranchées et sur la ligne de feu ont envoyées des patrouilles mais ça été sans résultat. La tactique des allemands est de ne pas bouger le jour et de marcher la nuit. La journée s'est ainsi passée, nous avons passé la nuit dans ce bois, quelques escarmouches sans résultats.

Jeudi 10 septembre 1914
Le lendemain matin dès l'aurore, je vais porter un ordre à mon capitaine, arrivé à son ancien emplacement, je n'ai trouvé personne, les tranchées étaient vides. Je vais plus loin pour me renseigner où il était, personne n'a su me dire, si bien qu'à force de tourner dans ce bois, je me suis perdu. A un moment donné, je retombe dans nos tranchées occupées par la 2e compagnie. Là, se trouvait une sentinelle qui m'indique, après lui avoir demandé la route et où était l'ennemi, il me dit qu'il fallait descendre et l'ennemi était derrière. Tout cela était faux, que je tombe dans les tranchées allemandes, une sentinelle m'avait vu, aussitôt, je me couche, mettant son arme en joue, moi qui était prêt, je tire, je la descend, là-dessus, je fais demi-tour et part malheureusement après avoir fait quelques mètres, je me trouve au milieu d'une patrouille ennemie qui rentrait et je fut fait prisonnier. Un boche me conduit dans une maison où se trouvait la Croix-Rouge. J'ai été pour l'instant, dans une petite écurie, gardée par une sentinelle. Le soir, là, je fus complétement fouillé. Vers les quatre heures, notre artillerie commençait à frapper dans cette vallée. La maison fut bientôt libre, à un moment donné, je pensais que j'allais me faire blesser par les obus français. La sentinelle qui me gardait est partie avec moi ainsi que le major allemand. Nous sommes allé jusqu'au village de Saint-Dié. Là, se trouvait l'artillerie. J'ai resté un moment avec l'artillerie, puis je l'ai suivi pendant 5 km, j'ai été laissé dans une maison, c'était dejà tard, je me suis assis sur une grosse pierre qui se trouvait devant, j'étais gardé par un officier et plusieurs poilus allemands.

Extrait du carnet d'Alexandre Miachon relatant la capture


Fiche de renseignement originale
Fiche de renseignement corrigée

 

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