Page d'accueil

5. La blessure en Alsace

La guerre de Lucien PEGON au 99e régiment d'infanterie va brutalement s'achever par une grave blessure. Elle va le rendre inapte à l'infanterie et il sera intégré au 54e régiment d'artillerie de campagne avec le grade de maréchal des logis, l'équivalence de sergent dans l'infanterie.
Depuis le 15 janvier 1918, le 99e régiment d'infanterie a relevé le 159e régiment d'infanterie dans le secteur d'Hirtzbach, en Alsace dans une région appelée le Sundgau entre Belfort et Mulhouse. C'est un des secteurs les plus calmes du front. En 3 mois, le régiment aura 8 tués et une vingtaine de blessés auxquels s'ajouteront de nombreux vésiqués (gazés par des produits très corrosifs), le 23 mars, un bombardement d'obus spéciaux fera 115 vésiqués à la seule 10e compagnie du 99e R.I.
Le 2e bataillon (celui du sergent PEGON) remplace le 1er bataillon le 26 mars dans le centre de résistance d'Hirtzbach, la 7e compagnie s'installe dans le point d'appui Faidherbe. Ce sont des ensemble de bunkers, très bien protégés cependant, la largeur du no man's land est la plus faible au niveau du PA Faidherbe. La demi-section du sergent PEGON s'installe dans la tranchée de Bayonne, dans le cercle marqué d'un 2 sur la carte ci-dessous. Des petits-postes sont chargés de prévenir la ligne principale en cas d'attaque.

Alors que le 99e régiment d'infanterie s'apprête à être relevé par le 346e régiment, les allemands vont lancer un coup de main visant à capturer des prisonniers pour se renseigner sur l'ordre de bataille. Le 2 avril 1918, à 10 heures du matin, un violent bombardement se déclanche sur les arrières jusqu'à 10 heures 15. Au même moment, des troupes d'assaut, spécialement entraînées (des stosstruppen), attaquent les petits-postes Béthune et Baccarat (PP H6 et PP H5 sur la carte). Ils réussissent à capturer 12 soldats de la 7e compagnie, et 2 tués et 5 blessés restent sur le carreau. 2 allemands sont aussi tués mais, dénués de patte d'épaule, le commandement ne peut les identifier.

Au cours de cette attaque, Lucien PEGON est blessé d'une balle de révolver derrière l'épaule. (voir plus bas)
La réussite de ce coup de main dans des circonstances troubles laisse perplexe. Le sergent Frédéric BRANCHE de la 3e compagnie du 99e régiment d'infanterie note : "10 heures : violent et soudain bombardement pâr obus et minen en direction de MacDonald ; d'Aquitaine, il est facile de se rendre compte que c'est sur le petit-poste Baccarat, tenu par la 7e compagnie... Nous sommes alertés et ma section est désignée pour se porter là-haut, en cas de nécessité. Cela dure un quart d'heure... Quelques instants après, nous apprenons que les boches ont fait un coup de main sur Baccarat : nous avons 12 prisonniers, deux ou trois tués, quelques blessés. Deux boches restent entre nos mains... Vilaine affaire pour les prisonniers, par qui les boches ne manqueront pas de connaître la relève.
J'ignore encore dans quelles conditions l'affaire s'est passée ; il est possible que les nôtres ne se sont pas méfiés du bombardement. Pourtant Baccarat m'a toujours semblé fort suspect... Peut-être aussi les poilus, sentant l'imminence du départ pour la Somme, ont-ils été tout heureux de se rendre et d'échapper ainsi au "coup dur". On dit cependant que les deux tués de chez nous ont succombé en se défendant et après avoir tué chacun un boche... Mauvais affaire pour tous et pour le sergent chef de poste de Baccarat, qui, peut-être, s'il n'est blessé, se verra cassé."

Lucien PEGON était-il le chef de poste de Baccarat ? Probablement pas, car l'enquête montre que le chef de poste a été fait prisonnier. Est-ce que le sergent BRANCHE et le sergent PEGON se connaissaient ? Sûrement, BRANCHE est de la classe 1914, PEGON de la classe 1917, il n'y a que 8 sergent chefs de 1/2 section par compagnie. Même si les deux sous-officiers sont de 2 bataillons différents, ils devaient s'être croisés lors d'un stage ou à l'arrière. Lucien PEGON devait être dans le poste Béthune et a été blessé dans le repli, mais nous ne saurons sans doute jamais ce qu'il s'est véritablement passé ce 2 avril 1918.

La réussite du coup de main va faire du bruit, une enquête est commanditée et les différents niveaux de commandements jusqu'à celui de l'Armée occupant le front des Vosges vont réagir. Jusqu'au niveau du régiment, les officiers vont couvrir leurs hommes, au-delà, les généraux, coupés des réalités du terrain, vont accuser les soldats.

L'enquête :

Les signes précurseurs du coup de main
La note du commandant PETITPAS du 2e bataillon du 99e régiment d'infanterie
La réponse du lieutenant-colonel BORNE du 99e régiment d'infanterie
La réponse du général MADELIN de la 28e division d'infanterie
La note du général DE BOISSOUDY de la 7e Armée

Lucien PEGON sera évacué sur l'ambulance n°216 à Dannemarie, puis sur l'hôpital d'évacuation de Morvillars.
Pour lui, la guerre en première ligne est terminée.

Page d'accueil